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Stéréotype et lecture

Essai sur la réception littéraire

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Jean-Louis Dufays

Le rôle fondamental joué dans l’acte de lecture par les divers niveaux de stéréotypie disponibles dans la mémoire collective avait déjà été évoqué maintes fois au cours du XX e siècle, mais l’étude systématique de leur impact dans la compréhension, l’interprétation et l’évaluation des textes littéraires restait à entreprendre. C’est à cette tâche que s’est attelé J.-L. Dufays. Passant en revue les codes de la lecture, les phases de son déroulement et les diverses modalisations dont le sens peut faire l’objet, il montre que tout lecteur se meut dans un jeu de reconnaissance et d’ignorance, de participation et de distanciation à l’égard des stéréotypes du texte, et il suggère que l’exploitation maximale de ces tensions pourrait constituer la forme la plus aboutie de la réception littéraire. La partie majeure de l’étude, qui concerne les modes d’énonciation et les effets de lecture auxquels les stéréotypes se prêtent, montre que c’est toute la logique de l’analyse littéraire et toute l’historicité de la littérature qui se trouvent renouvelées par la prise en compte de cette problématique.
Éclairant dans ses synthèses, pointu dans ses analyses, cet ouvrage ambitieux effectue nombre de mises au point dont nulle théorie de la lecture et de la littérature ne peut faire l’économie. Publié pour la première fois en 1994, il fait l’objet d’ici d’une deuxième édition actualisée.

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TROISIÈME PARTIE. LES PHASES DE LA CONSTRUCTION DU SENS

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TROISIÈME PARTIE LES PHASES DE LA CONSTRUCTION DU SENS 119 Préliminaires Après avoir inventorié et décrit les types de codes qui peuvent servir à lire un texte, il convient d’examiner comment ces connaissances, et en particulier les stéréotypies, peuvent ou doivent être utilisées au cours de la lecture. Cette troisième partie exposera le premier volet de cette analyse. Elle étudiera les phases de la construction sémantique du texte, c’est-à-dire les processus par lesquels tout lecteur doit successivement passer pour conférer au texte une signification globale. Comme l’a fait remarquer Ion Coteanu (1981), la lecture n’est pas un phénomène, linéaire : étant donné qu’il commence nécessairement par privilégier la charge d’information qu’il identifie au début des unités de langage, le lecteur est constamment obligé d’opérer des rétrospections pour reconstituer ces unités et arriver à déterminer leur sens global. La stéréotypie des structures sémantiques permet certes d’embrasser des portions entières de texte d’un seul coup d’œil, sans avoir à revenir sur ses pas ; mais dès que cette stéréotypie est interrompue, l’impression de linéarité cesse. Ainsi, si l’on excepte la lecture « automatique » qui est faite des textes fortement stéréotypés, toute construction de sens est de nature tabulaire : à tout moment, « on revient sur les unités, on les efface, on les déplace, on les change » (Coteanu 1981 : a2). À cette tabularité des significations textuelles...

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