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Parcours transnationaux de la démocratie

Transition, consolidation, déstabilisation

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Renée Fregosi

Les formes nouvelles de mondialisation à l’œuvre depuis une trentaine d’années ont accéléré la diffusion internationale de concepts et de visions du monde, de projets de société et de paradigmes de développement. Elles ont également favorisé la concomitance de changements de référentiels et la reproduction de processus politiques dans des situations locales diverses. De l’Europe méridionale à l’Afrique et l’Asie en passant par l’Amérique latine et l’Europe de l’Est, les transitions à la démocratie des années 1970-1990 ont ainsi ouvert de nouveaux chantiers intellectuels. La science politique, invitée à réactiver ses théories de la démocratie, a considérablement élargi le champ du comparatisme interrégional en proposant de nouveaux universaux.
Les élections justes et libres d’une part, la justice transitionnelle d’autre part, ont constitué les fondements à plus ou moins court terme des démocraties restaurées, légitimant les nouveaux régimes nés sur les décombres de l’autoritarisme et ouvrant la voie à la consolidation démocratique. Toutefois, les exigences de la « bonne gouvernance » ont rapidement standardisé ces pratiques en leur conférant de nouvelles significations politiques, parfois très éloignées de leurs objectifs originels. C’est dans ce contexte que le populisme est (re)devenu une figure importante du jeu politique contemporain pour s’imposer, durant les années 2000, comme une forme d’exercice du pouvoir dominante dans le monde. On observe alors une série de glissements ou de renversements parfois inattendus entre démocratie et autoritarisme, tant dans l’ordre des discours que dans celui des pratiques, qui témoignent de la perpétuelle imbrication de modes de gouvernement souvent pensés comme antinomiques et de la polymorphie démocratique au seuil du XX e siècle.

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Prologue 9

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9Prologue Au moment où paraît ce livre, des événements à la fois imprévus et longtemps attendus se déroulent au Maghreb et au Machrek où des mouvements en faveur de la démocratie prennent forme, ampleur et assurance. En Tunisie, de vastes mobilisations populaires débutent le 19 décembre 2010 à la suite de l’immolation par le feu d’un jeune vendeur ambulant ; tandis que l’armée se range du côté des manifes- tants, le président Ben Ali abandonne le pouvoir et quitte le pays le 14 janvier 2011. Se met alors en place un « gouvernement de transi- tion » sous la direction de Mohammed Ghannouchi, homme de l’ancien régime susceptible de représenter un compromis viable même si sa personne est contestée par la rue. À partir du 25 janvier, plusieurs villes égyptiennes – notamment la capitale et Alexandrie – accueillent à leur tour des manifestations massives et inédites qui réclament le départ du président Moubarak ; quatre jours plus tard, celui-ci promet de ne pas se représenter aux prochaines élections présidentielles et annonce des réformes, ainsi que la nomination d’un nouveau premier ministre, le général Omar Souleimane, ancien responsable des services secrets. Le mouvement continue toutefois, les manifestants affirmant qu’ils occupe- ront la place Tahrir (au centre du Caire) jusqu’au départ de Moubarak qui démissionne finalement le 11 février 2011. En Jordanie, les manifes- tants obtiennent du roi, le...

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