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Le polyphonisme du roman

Lecture bakhtinienne de Simenon

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Alexandre Dessingué

Il peut, au premier abord, paraître surprenant de vouloir associer l’œuvre de Simenon aux termes de « polyphonisme romanesque » utilisé pratiquement de manière exclusive par Bakhtine dans son analyse de l’œuvre de Dostoïevski.
Simenon est en effet connu, dans le monde entier, pour associer sa production littéraire à la forme stéréotypée du roman policier vouée, dans bien des cas, à un certain conservatisme idéologique et scriptural. L’association entre Bakhtine et Simenon contribue pourtant sur un plan théorique à faire dialoguer les thèses bakhtiniennes avec d’autres traditions littéraires, notamment l’herméneutique et l’école de Constance. Cette association permet également de donner à l’œuvre de Simenon une nouvelle cohérence que l’on ne soupçonnait pas.
À la faveur de cette lecture bakhtinienne, Simenon sort donc de son isolement. Il se trouve ainsi inscrit dans une lignée qui, implicitement, va de Dostoïevski à Camus.

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CHAPITRE III. La polyphonie structurelle

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CHAPITRE III La polyphonie structurelle Sous condition d’un dessein artistique polyphonique, la polyphonie structurelle est donc à concevoir, selon Bakhtine, comme une pratique signifiante. C’est la principale critique que Bakhtine émet vis-à-vis de Ivanov dans l’étude de la poétique de Dostoïevski : « V. Ivanov n’indique pas comment cette attitude éthique de Dostoïevski devient un principe de vision et de construction artistique dans l’unité verbale (celle des différents mots ou discours) du roman » (Bakhtine, 1970, p. 40, nous soulignons). Dans ce chapitre, nous verrons comment chez Simenon l’intention et l’attitude créatrices débouchent sur une vision et une utilisation particulière du genre et du personnage. I. Le genre Concrètement, nous discuterons, dans ce chapitre, de la notion de genre dans le cas du roman élaboré par Simenon, c’est-à-dire pour reprendre les termes de Bakhtine/Medvedev, une manière de « prendre possession de la réalité, pour la parachever tout en la comprenant »1. Le genre du roman de Dostoïevski dépend d’une conception dialogique de la vérité (ibid., p. 50, nous soulignons), à l’image du dialogue socratique que Bakhtine associe au genre carnavalesque par opposition aux deux autres genres romanesques qu’il définit : l’épopée et la rhétorique. Bakhtine souligne un autre point fondamental dans cette conception générique du roman chez Dostoïevski qui est la notion d’intrigue : Le sujet du roman d’aventures ne peut donc servir de lien ultime, dans le monde romanesque de Dostoïevski ; mais en...

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