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Le polyphonisme du roman

Lecture bakhtinienne de Simenon

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Alexandre Dessingué

Il peut, au premier abord, paraître surprenant de vouloir associer l’œuvre de Simenon aux termes de « polyphonisme romanesque » utilisé pratiquement de manière exclusive par Bakhtine dans son analyse de l’œuvre de Dostoïevski.
Simenon est en effet connu, dans le monde entier, pour associer sa production littéraire à la forme stéréotypée du roman policier vouée, dans bien des cas, à un certain conservatisme idéologique et scriptural. L’association entre Bakhtine et Simenon contribue pourtant sur un plan théorique à faire dialoguer les thèses bakhtiniennes avec d’autres traditions littéraires, notamment l’herméneutique et l’école de Constance. Cette association permet également de donner à l’œuvre de Simenon une nouvelle cohérence que l’on ne soupçonnait pas.
À la faveur de cette lecture bakhtinienne, Simenon sort donc de son isolement. Il se trouve ainsi inscrit dans une lignée qui, implicitement, va de Dostoïevski à Camus.

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CHAPITRE IV. La polyphonie réceptive

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CHAPITRE IV La polyphonie réceptive I. Le destinataire chez Bakhtine A. Au c”ur d’un « tout verbal » Dans son essai « Les genres du discours » (1952-1953), Bakhtine n’hésite pas à critiquer l’attitude de la linguistique du 19e siècle qui a eu tendance à « reléguer à l’arrière-plan » « la fonction communicative du langage » (1984, p. 273). Les thèses structuralistes des années 1960 qui s’appuient sur la fameuse dichotomie saussurienne langue/parole ont abouti à faire de la fonction communicative de la littérature un simple transfert linéaire d’informations ou de codes d’un locuteur à un récep- teur. Dans ce contexte, les études littéraires se basaient sur le déchiffre- ment du texte en tant que système de codes, faisant de la langue un faisceau complexe de lois structurales. Cette idée est également centrale chez les formalistes russes. Jostein Børtnes dans « Tekst som me- ningsskaping, hukommelse og glemsel om teksthistorie og kultursemio- tikk »1 (le texte en tant que pratique signifiante, mémoire et oubli à partir de l’histoire culturelle et la culture sémiotique) précise, tout d’abord, que bien que Bakhtine et les formalistes russes peuvent être considérés dans un premier temps comme les fondateurs de la poétique cognitive, Bakh- tine prend très vite ses distances des thèses formalistes et notamment à partir de la conférence de Roman Jakobson en 1935 à Brno où il affirme que le texte est à considérer comme un « système structurel »2. Jostein Børtnes souligne...

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