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Écrits voyageurs

Les artistes et l’ailleurs

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Edited By Laurence Brogniez

Le voyage est très souvent l’occasion d’un passage à l’écriture pour le peintre, qui tient un journal, rédige des lettres, envoie des correspondances à un périodique ou jette sur le papier des notes accompagnées de croquis. Comme si le déplacement, le décentrement, la confrontation avec l’Autre engageait l’artiste à explorer d’autres ressources expressives pour dire l’expérience de l’inconnu. Quitter son lieu d’origine, abandonner temporairement son identité sociale, laisser derrière soi ses certitudes et ses routines pour se confronter à l’ailleurs génère un dépaysement qui invite à une réflexion sur soi et sur sa pratique.
Itinéraires, destinations, choses vues, sensations inédites : lire des récits de voyage, c’est se préparer à des surprises. L’avantage que nous avons, lecteurs actuels des écrits des artistes du passé en voyage, c’est de connaître ces moments privilégiés à travers leur écriture. Double profit : découvrir des lieux, des instants, des dizaines de petites et grandes choses de « l’ailleurs », et découvrir l’écriture qui les a transmis. Les surprises viennent non seulement des premiers, racontés, décrits, évoqués, mais aussi de ces écrits, généralement peu banals. Le présent ouvrage revient sur quelques peintres-écrivains marquants des deux siècles passés, mais aussi sur leurs « héritiers » – des auteurs de bande dessinée – pour porter des éclairages nouveaux sur leurs « écrits viatiques », mais il propose en plus de nouveaux et nombreux documents, et oriente vers d’autres encore inédits, en particulier dans les domaines francophones, belge et français.

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Narcisse Berchère. Peintre-écrivain dans l’Isthme de Suez

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47 Narcisse Berchère Peintre-écrivain dans l’Isthme de Suez Barbara WRIGHT Trinity College, Dublin Dans le petit port de pêche de Saint-Raphaël, une statue porte l’inscription suivante : Le 17 vendémiaire an VIII 9 octobre 1799. L’escadre de l’Amiral Ganteaume mouilla sur cette rade. De la Frégate Le Muiron débarqua ici même le général de la République Bonaparte, ayant conquis l’Égypte à la France. La bienveillance de cette expression, « ayant conquis l’Égypte à la France », occulte le fait qu’après le désastre naval et terrestre d’Aboukir, en 1798 et 1799, et l’échec de l’armée de terre lors du siège de Saint- Jean-d’Acre, le jeune Bonaparte transmit ses pouvoirs de commandant en chef au général Kléber avant de rentrer furtivement en France. Néanmoins, l’expédition de l’Égypte marqua les débuts de l’égyptologie, ainsi que le renforcement des liens franco-égyptiens, ce qui accrut le prestige de Bonaparte. C’est dans ce sens qu’il est légitime de parler d’une conquête. Conquête qui fut vite transformée en mission civilisatrice, comme en font foi, en 1802, les termes de la dédicace à Bonaparte du Voyage dans la Basse et Haute Égypte par l’auteur, Do- minique Vivant Denon : « Joindre l’éclat de votre nom à la splendeur des monuments d’Égypte, c’est […] réchauffer les cendres des Sésostris et des Mendès, comme vous conquérants, comme vous bienfaiteurs1. » Le travail des...

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