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Écrits voyageurs

Les artistes et l’ailleurs

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Edited By Laurence Brogniez

Le voyage est très souvent l’occasion d’un passage à l’écriture pour le peintre, qui tient un journal, rédige des lettres, envoie des correspondances à un périodique ou jette sur le papier des notes accompagnées de croquis. Comme si le déplacement, le décentrement, la confrontation avec l’Autre engageait l’artiste à explorer d’autres ressources expressives pour dire l’expérience de l’inconnu. Quitter son lieu d’origine, abandonner temporairement son identité sociale, laisser derrière soi ses certitudes et ses routines pour se confronter à l’ailleurs génère un dépaysement qui invite à une réflexion sur soi et sur sa pratique.
Itinéraires, destinations, choses vues, sensations inédites : lire des récits de voyage, c’est se préparer à des surprises. L’avantage que nous avons, lecteurs actuels des écrits des artistes du passé en voyage, c’est de connaître ces moments privilégiés à travers leur écriture. Double profit : découvrir des lieux, des instants, des dizaines de petites et grandes choses de « l’ailleurs », et découvrir l’écriture qui les a transmis. Les surprises viennent non seulement des premiers, racontés, décrits, évoqués, mais aussi de ces écrits, généralement peu banals. Le présent ouvrage revient sur quelques peintres-écrivains marquants des deux siècles passés, mais aussi sur leurs « héritiers » – des auteurs de bande dessinée – pour porter des éclairages nouveaux sur leurs « écrits viatiques », mais il propose en plus de nouveaux et nombreux documents, et oriente vers d’autres encore inédits, en particulier dans les domaines francophones, belge et français.

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De la peinture du vide à l’écriture du voir. La genèse de Un été dans le Sahara d’Eugène Fromentin

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55 De la peinture du vide à l’écriture du voir La genèse de Un été dans le Sahara d’Eugène Fromentin Anne-Marie CHRISTIN Université Paris Diderot, Paris 7 Un été dans le Sahara d’Eugène Fromentin a été publié par la Revue de Paris en 1854, et a paru en volume chez Michel Lévy en 1857. C’est un livre bien oublié aujourd’hui et, à mon sens, très injustement. Il avait été salué lors de sa parution comme un ouvrage majeur : « un chef- d’œuvre », déclarent unanimement George Sand et Maxime Du Camp. George Sand écrit à une amie après l’avoir lu : « Connaissez-vous un voyage (sic) dans le Sahara par Eugène Fromentin ? Je ne connais pas l’auteur, mais je viens de lire le livre, et c’est un chef-d’œuvre. […] ce livre apprend à voir et à rendre. Pour moi, je l’étudie comme un mo- dèle. » Et à Delacroix : « […] C’est une des choses que j’ai lues, où la peinture est le mieux exprimée en mots, et où le sentiment de l’art est le mieux pensé. L’auteur, que je ne connais pas, est un peintre. Je ne sais pas s’il a du talent sur la toile, mais il en a remarquablement sur le papier1. » Dressant le bilan de l’œuvre de Fromentin après sa mort, Maxime Du Camp est encore plus catégorique : Ni aucun de ses tableaux choisis en particulier, ni son œuvre prise dans son ensemble ne vaudra jamais l’Été dans le Sahara. […] Jamais la...

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