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Écrits voyageurs

Les artistes et l’ailleurs

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Edited By Laurence Brogniez

Le voyage est très souvent l’occasion d’un passage à l’écriture pour le peintre, qui tient un journal, rédige des lettres, envoie des correspondances à un périodique ou jette sur le papier des notes accompagnées de croquis. Comme si le déplacement, le décentrement, la confrontation avec l’Autre engageait l’artiste à explorer d’autres ressources expressives pour dire l’expérience de l’inconnu. Quitter son lieu d’origine, abandonner temporairement son identité sociale, laisser derrière soi ses certitudes et ses routines pour se confronter à l’ailleurs génère un dépaysement qui invite à une réflexion sur soi et sur sa pratique.
Itinéraires, destinations, choses vues, sensations inédites : lire des récits de voyage, c’est se préparer à des surprises. L’avantage que nous avons, lecteurs actuels des écrits des artistes du passé en voyage, c’est de connaître ces moments privilégiés à travers leur écriture. Double profit : découvrir des lieux, des instants, des dizaines de petites et grandes choses de « l’ailleurs », et découvrir l’écriture qui les a transmis. Les surprises viennent non seulement des premiers, racontés, décrits, évoqués, mais aussi de ces écrits, généralement peu banals. Le présent ouvrage revient sur quelques peintres-écrivains marquants des deux siècles passés, mais aussi sur leurs « héritiers » – des auteurs de bande dessinée – pour porter des éclairages nouveaux sur leurs « écrits viatiques », mais il propose en plus de nouveaux et nombreux documents, et oriente vers d’autres encore inédits, en particulier dans les domaines francophones, belge et français.

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L’orientalisme au pied de la lettre. Jean Dubuffet au Sahara

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97 L’orientalisme au pied de la lettre Jean Dubuffet au Sahara Marianne JAKOBI Université Blaise Pascal, Clermont-Ferrand C’est ravissant les empreintes de pieds, moulés dans le sable fin comme dans du plâtre. Pieds d’hommes, pieds de femmes, pieds d’enfants. Pieds d’ânes, pieds de chèvres, pieds de chameaux. Ça ne se conserve pas très longtemps, c’est effacé par d’autres empreintes aussi ravissantes d’autres pieds. Tout le sol de l’oasis ainsi piétiné et repiétiné et rempli de marques et de signes est comme un immense cahier de brouillons, cahier d’impro- visations1. On connaît le phénomène orientaliste depuis la légende napoléo- nienne jusqu’à l’Orient des Odalisques rêvées par Ingres, depuis la révélation de Delacroix pensant découvrir une antiquité vivante super- posée à la magie des ruines archéologiques jusqu’à l’Orient des artistes voyageurs des avant-gardes historiques : les Fauves avec Matisse et l’Algérie en 1906, puis le Maroc en 1912 et 1913 ; le Blaue Reiter avec Paul Klee et August Macke et la Tunisie en 1914. Il s’agit d’un Orient très large qui va de la Grèce à l’Égypte et au Maghreb. En revanche, on connaît moins le rapport de Jean Dubuffet à l’Orient. Pourtant c’est un « peintre qui voyage2 » dans le désert : il partage la vie des Bédouins à trois reprises entre 1947 et 19493. De ces séjours en Algérie4 résulte un 1 Dubuffet, J., « Lettre à Jacques Berne, El...

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