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L’apprentissage de la mondialisation

Les milieux économiques allemands face à la réussite américaine (1876–1914)

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Séverine Antigone Marin

Cet ouvrage a reçu le Prix Maurice Baumont, décerné par l'Académie des Sciences Morales et Politiques.

Pour comprendre pourquoi l’économie allemande a particulièrement réussi son insertion dans la première mondialisation, cet ouvrage examine les conditions pratiques de ce processus. Il prend en compte l’extrême diversité des milieux économiques, depuis les grandes firmes comme Bayer jusqu’aux petites entreprises tentées par l’aventure de l’exportation, en passant par les universitaires, les publicistes et les fonctionnaires de l’administration du Reich. À partir du cas américain, un marché lointain mais apparemment familier par ses normes comme par ses liens avec l’Allemagne, ce livre met en évidence les techniques empiriques, tenant parfois du bricolage, auxquelles se livrèrent ces différents acteurs afin de rassembler et d’utiliser l’information économique dont ils avaient besoin pour conquérir de nouveaux marchés.
Il montre que la mondialisation implique, dès cette époque, de voir dans chaque pays industrialisé non seulement un marché, mais aussi un concurrent. Au-delà de son utilisation commerciale, l’information économique a également servi à construire des modèles étrangers théoriques, fruits pour une part de débats transnationaux, mais transformés en instruments au service de controverses nationales. Le livre établit ainsi que, loin de se réduire à un débat sur l’américanisation, l’utilisation de l’argument américain au tournant du XX e siècle s’inscrit dans une multiplication, pour tous les secteurs économiques, des références étrangères destinées in fine à affirmer une spécificité allemande.

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Introduction

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Exposition universelle de Chicago, 1893. Les Allemands pouvaient contempler les réalisations de leurs concurrents et se réjouir : après deux décennies d’efforts pour moderniser leur industrie et conquérir des marchés étrangers, ils s’enorgueillissaient à bon droit d’avoir rattrapé leur modèle anglais et de recevoir les témoignages d’admiration de leurs hôtes américains. Pourtant, une autre constatation s’imposait. L’élan de progrès qui avait bénéficié à l’économie allemande avait touché d’autres nations, généralisant ainsi la concurrence entre puissances industrielles. Les Allemands reconnaissaient ainsi qu’ils étaient engagés dans une compétition mondiale dont l’arme majeure était l’information écono- mique, considérée à la fois comme l’ensemble des renseignements sur l’innovation et la concurrence, la connaissance des marchés, et la propa- gande sur ses propres produits, autant d’éléments que l’on a l’habitude d’identifier comme caractéristiques de la mondialisation engagée depuis la fin du XXe siècle. En réalité, dans le domaine des échanges commerciaux, le problème de l’accessibilité de l’information change de nature dès le milieu du XIXe siècle, avec la création de lignes maritimes régulières, puis, dans le dernier tiers du siècle, la standardisation universelle du système postal1. L’ensemble des informations nécessaires aux échanges internationaux ne relève plus d’un savoir professionnel de négociants, mais est désor- mais publié et disponible – au moins en théorie – à tous. Ainsi, pour les industriels, le...

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