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L’apprentissage de la mondialisation

Les milieux économiques allemands face à la réussite américaine (1876–1914)

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Séverine Antigone Marin

Cet ouvrage a reçu le Prix Maurice Baumont, décerné par l'Académie des Sciences Morales et Politiques.

Pour comprendre pourquoi l’économie allemande a particulièrement réussi son insertion dans la première mondialisation, cet ouvrage examine les conditions pratiques de ce processus. Il prend en compte l’extrême diversité des milieux économiques, depuis les grandes firmes comme Bayer jusqu’aux petites entreprises tentées par l’aventure de l’exportation, en passant par les universitaires, les publicistes et les fonctionnaires de l’administration du Reich. À partir du cas américain, un marché lointain mais apparemment familier par ses normes comme par ses liens avec l’Allemagne, ce livre met en évidence les techniques empiriques, tenant parfois du bricolage, auxquelles se livrèrent ces différents acteurs afin de rassembler et d’utiliser l’information économique dont ils avaient besoin pour conquérir de nouveaux marchés.
Il montre que la mondialisation implique, dès cette époque, de voir dans chaque pays industrialisé non seulement un marché, mais aussi un concurrent. Au-delà de son utilisation commerciale, l’information économique a également servi à construire des modèles étrangers théoriques, fruits pour une part de débats transnationaux, mais transformés en instruments au service de controverses nationales. Le livre établit ainsi que, loin de se réduire à un débat sur l’américanisation, l’utilisation de l’argument américain au tournant du XX e siècle s’inscrit dans une multiplication, pour tous les secteurs économiques, des références étrangères destinées in fine à affirmer une spécificité allemande.

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PREMIÈRE PARTIE. COLLECTER ET UTILISER L’INFORMATION COMMERCIALE – LE MARCHÉ AMÉRICAIN

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PREMIÈRE PARTIE COLLECTER ET UTILISER L’INFORMATION COMMERCIALE – LE MARCHÉ AMÉRICAIN 31 CHAPITRE 1 Apprendre à pratiquer le marché américain : les méthodes des entreprises La connaissance du marché américain est d’abord le fait des entre- prises allemandes qui y ont réalisé des investissements directs, phéno- mène dont l’évolution accompagne et reflète l’importance croissante du Reich comme des États-Unis dans l’économie internationale. Il est donc naturel que des historiens se soient déjà penchés sur cette réalité, en prenant l’un ou l’autre des deux pays comme point de départ1. Thomas Kabisch a ainsi pu évaluer a posteriori l’engagement des entreprises allemandes sur le marché américain en utilisant largement les archives de séquestration de leurs biens en 1917. Mira Wilkins s’est de son côté surtout employée à mettre en perspective les investissements directs réalisés aux États-Unis par les différents pays européens quand ils étaient les « banquiers du monde », de la période coloniale à la Première Guerre mondiale. Cela lui a permis de montrer que le statut de nation débitrice a été un avantage dans la croissance économique des États- Unis, mais que les pays prêteurs, malgré les risques inhérents à ce type d’investissements, ont également profité de ces échanges, contredisant ainsi la thèse – répandue chez les contemporains – d’un détournement de capitaux au détriment de l’économie nationale. Elle a également insisté sur l’apprentissage progressif que les...

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