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L’apprentissage de la mondialisation

Les milieux économiques allemands face à la réussite américaine (1876–1914)

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Séverine Antigone Marin

Cet ouvrage a reçu le Prix Maurice Baumont, décerné par l'Académie des Sciences Morales et Politiques.

Pour comprendre pourquoi l’économie allemande a particulièrement réussi son insertion dans la première mondialisation, cet ouvrage examine les conditions pratiques de ce processus. Il prend en compte l’extrême diversité des milieux économiques, depuis les grandes firmes comme Bayer jusqu’aux petites entreprises tentées par l’aventure de l’exportation, en passant par les universitaires, les publicistes et les fonctionnaires de l’administration du Reich. À partir du cas américain, un marché lointain mais apparemment familier par ses normes comme par ses liens avec l’Allemagne, ce livre met en évidence les techniques empiriques, tenant parfois du bricolage, auxquelles se livrèrent ces différents acteurs afin de rassembler et d’utiliser l’information économique dont ils avaient besoin pour conquérir de nouveaux marchés.
Il montre que la mondialisation implique, dès cette époque, de voir dans chaque pays industrialisé non seulement un marché, mais aussi un concurrent. Au-delà de son utilisation commerciale, l’information économique a également servi à construire des modèles étrangers théoriques, fruits pour une part de débats transnationaux, mais transformés en instruments au service de controverses nationales. Le livre établit ainsi que, loin de se réduire à un débat sur l’américanisation, l’utilisation de l’argument américain au tournant du XX e siècle s’inscrit dans une multiplication, pour tous les secteurs économiques, des références étrangères destinées in fine à affirmer une spécificité allemande.

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DEUXIÈME PARTIE. LA CONCURRENCE AMÉRICAINE, OBJET D’ÉTUDE ET INSTRUMENT DE LÉGITIMATION

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DEUXIÈME PARTIE LA CONCURRENCE AMÉRICAINE, OBJET D’ÉTUDE ET INSTRUMENT DE LÉGITIMATION 243 CHAPITRE 4 Un modèle impossible ? L’agriculture allemande face à la réussite américaine Les importations massives de blé américain à partir de 1875-1876 marquèrent-elles le début d’une inexorable et générale « invasion améri- caine » des marchés européens ? L’étude, à partir de 1964, de cette conquête s’est appuyée sur les exportations croissantes de produits manufacturés américains. De fait, à partir de la seconde moitié des années 1890, la structure des exportations américaines a changé, accor- dant une place de plus en plus grande aux produits industriels en fer et en acier, et entraînant un changement de regard des Européens sur la compétitivité de l’économie américaine. Cependant, le caveat de Matthew Simon et David Novack, qui, au cours de cette discussion, avaient très vite relativisé la part de l’industrie en rappelant que jusqu’en 1914, les États-Unis restèrent d’abord exportateurs de produits agricoles et de matières premières, garde sa valeur1. Après Garin Wright, Douglas A. Irwin insiste d’ailleurs sur le fait que cette exportation de produits manufacturés s’appuie d’abord sur des matières premières très abon- dantes. Aussi, on peut retenir la périodisation de Matthew Simon et David Novack qui ont montré comment la vague des exportations agricoles américaines culmina en 1881 avant de subir une érosion lente mais constante,...

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