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De la déchirure à la réhabilitation

L’itinéraire d’Henry Bauchau

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Intégrant les essais et le théâtre, mais portant une attention particulière aux poèmes et aux récits, Émilienne Akonga démontre et démonte l’emprise des figures, situations et hantises qui se retrouvent tout au long de la production du poète d ’Heureux les Déliants.
Elle en montre la présence et la permanence, l’évolution et les variations jusqu’à la composition de l’œuvre qui incarne par excellence, chez Bauchau, la réhabilitation, la reconnaissance et la transformation du personnage déchu, apparemment perdu : Œdipe sur la route invention qui permit ensuite l’émergence en majesté d’une figure féminine singulière, Antigone.
Sans nier ni leur enracinement ni leur origine, ce livre met la focale sur ce qu’apportent aujourd’hui les textes d’Henry Bauchau, mais aussi sur ce que fut et ce qui fit leur creuset : le long travail d’engendrement d’un au-delà de l’Histoire bancale de l’Occident.
Consacré aux formes du passage de la déchirure à la réhabilitation dans cet univers fictionnel, le parcours critique de ce livre dans les diverses facettes de l’œuvre aide à comprendre en quelles profondeurs plonge cette très contemporaine odyssée.
Analyse minutieuse nouée dans un renvoi-enracinement constant au vécu d’une femme africaine née à l’heure de la décolonisation, cet essai illustre l’attention portée par la critique congolaise à la figure d’Antigone telle que l’écrivain belge l’a réinventée. Sans jamais dériver vers les formes d’annexion ou de plaquage qui ont hypothéqué certains travaux engagés, ce livre essentiellement consacré au corpus des années 1950-2000 rappelle la condition dépendante et mutilée qui découle de la colonisation, dont Bauchau parle dans Le Régiment noir, comme la confrontation contemporaine aux certitudes patriarcales.

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DEUXIÈME PARTIE. UNE ENTREPRISE DE RÉHABILITATION

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DEUXIÈME PARTIE UNE ENTREPRISE DE RÉHABILITATION La seconde démarche d’Henry Bauchau prend en chacun de ses détails le contrepoint de la première. Nous venons de voir que le premier mouvement traite de la déchirure profonde qui a ravagé les bases de « l’édifice du moi » et empêché l’émergence d’une personnalité indivi- duelle harmonieuse. Nous avons indiqué que ce parcours consistait en réalité en une expérience proche du Tao1 asiatique. Les personnages, consentant à mourir en eux-mêmes, effectuent une véritable « descente aux enfers » pendant laquelle ils démantèlent les mythes et les symboles fondateurs de leur personnalité, désarticulent cette personnalité puis cultivent cette déchirure, cet émiettement et l’angoisse qui en procède, comme signes d’une nouvelle identité. Cette première démarche négative n’est qu’une étape préalable à la renaissance du phénix de ses cendres2, étape véritablement fondatrice. À ........................................................................... 1 Marc Quaghebeur, dans son article sur « Henry Bauchau,Ždipe sur la route, l’accom- plissement d’une ”uvre » (in M. Quaghebeur et L. Rossion [dir.], Entre aventures, syllogismes et confessions, Belgique, Roumanie, Suisse, op. cit., p. 165-197), déclare : « Il eût dû agir aux antipodes du comportement rationnel ; préférer l’écoute à l’appré- hension. Tout le contraire du grand discours occidental sur le rapport au réel et à l’Histoire, Bauchau préfère se référer au Tao ». Bauchau reconnaîtra cette influence en ces termes : « Ce n’est pas l’influence de Blanchot – que...

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