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Normes et rivalités diplomatiques à l’ONU

Le Conseil de sécurité en audience

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David Ambrosetti

Lorsqu’ils traitent des conflits armés et des violences aux conséquences humanitaires les plus graves, tels que ceux qui ont ensanglanté la région africaine des Grands Lacs ou encore la Sierra Leone dès 1990, les décideurs diplomatiques à l’ONU ne sauraient perdre de vue les intérêts des États qu’ils servent. Ces intérêts ne peuvent toutefois êtres compris hors des normes partagées par les différents acteurs engagés sur ces dossiers. Construites au fil des pratiques, selon des ressources très inégalement partagées, ces normes fonctionnent comme des balises dans la reconnaissance de l’influence entre pairs et entre partenaires. Si elles facilitent la reproduction quotidienne de l’influence, elles supposent également le risque de discrédit et de déclassement dans les arènes multilatérales.
Pour le montrer, le présent ouvrage replace ces diplomates gestionnaires de conflits armés face à leurs « audiences », et mesure les risques que ces dernières font peser sur eux dans leur travail quotidien. En appliquant aux relations internationales des outils forgés par la sociologie, et fort d’une observation du travail diplomatique au Conseil de sécurité de l’ONU, l’auteur porte un éclairage original sur la prise de décision en politique étrangère, en particulier sur le poids de l’image médiatique et de la politique intérieure au cœur des rivalités diplomatiques.

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CHAPITRE I. Normes sans éthique. Les enjeux pratiques de la sanction sociale 31

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31 CHAPITRE I Normes sans éthique Les enjeux pratiques de la sanction sociale Pour exposer le modèle d’analyse développé dans le présent ouvrage, il nous faut au préalable contester une interprétation particulière des normes que nous rencontrons fréquemment dans les travaux anglo- américains de relations internationales. Cette interprétation très « nor- mative » des normes leur reconnaît les caractéristiques suivantes. Les normes naissent toujours d’entreprises normatives, rationalisées et voulues comme telles. Les agents sociaux visés par cette entreprise savent qu’ils ont affaire à des normes lorsqu’ils les rencontrent. Ils y répondent donc par une démarche consciente, individuelle, en vertu soit d’intérêts bien identifiés les appelant à consentir à ces normes ou non, soit d’une adhésion éthique, d’une reconnaissance expresse de la légiti- mité de ces normes ainsi rencontrées. Pourtant, la sociologie offre des outils pour battre en brèche une telle interprétation. Elle permet de soutenir que les pratiques diplomatiques procèdent en priorité de l’éva- luation pratique des risques de sanctions négatives suscitant l’inquiétude des agents quant à la pérennité de leurs positions sociales. En effet, ces positions sociales requièrent, pour perdurer, la reproduction de pratiques routinières de la part d’autrui, or autrui ne consent à répéter de telles pratiques qu’en vertu d’une constante évaluation de leur conformité vis- à-vis des normes du groupe, telles qu’il les perçoit, et ce y compris en l’absence...

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