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« Je vous parlerai la langue de l’Europe … »

La francophonie en Russie (XVIIIe-XIXe siècles)

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Elena Gretchanaia

La littérature francophone hors de France aux XVIII e et XIX e siècles est un phénomène culturel encore peu exploré, que cet ouvrage propose de découvrir à partir du cas russe, et sur la base même des textes. Parmi ces auteurs francophones, on trouvera l’impératrice Catherine II, Mme de Krüdener, guide spirituel d’Alexandre I er , la princesse Volkonskaia, surnommée la « Corinne du Nord », le comte Chouvalov ou encore le prince Belosselskiï, mais aussi de nombreuses autres personnalités pratiquement inconnues et dont les écrits, souvent inédits, témoigneront de l’ampleur de la littérature d’expression française en Russie.
Que signifie l’adoption du français en Russie et comment s’opère, par son intermédiaire, l’intégration dans un contexte culturel européen ? En se penchant sur ces questions, cet ouvrage éclairera le dialogue entre différentes cultures ainsi que le rayonnement de la culture française en Europe, à travers une galerie de personnages historiques à la forte singularité.
Dans une riche annexe figureront de nombreux écrits en français : lettres, poèmes, récits, souvenirs.

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CHAPITRE II. Établir un dialogue

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51 CHAPITRE II Établir un dialogue 1. « Je veux vivre avec vous en bonne intelligence » : le comte Andreï Chouvalov et le prince Alexandre Belosselskiï Trediakovskiï est à l’origine de la tradition d’écrire et de publier des textes en langue française, qui se forme en Russie au XVIIIe siècle. Des aristocrates russes, en contact direct avec la culture française et euro- péenne, poursuivent cette tradition et essaient d’établir un dialogue littéraire avec la France et donc avec toute l’Europe. Le prince Antioche Dmitrievitch Cantemir (1709-1744), qui a reçu une brillante éducation et maîtrise plusieurs langues étrangères, devient, en 1738-1744, ministre de Russie à Paris. Poète russe, il porte un grand intérêt à la littérature française, traduit les Entretiens sur la pluralité des mondes de Fontenelle (1730), les satires de Boileau. En France, il fait la connaissance de Montesquieu, du mathématicien Maupertuis, du drama- turge Pierre-Claude Nivelle de la Chaussée, du comédien et écrivain Luigi Riccoboni, et échange, en 1739, des lettres avec Voltaire1. Celui-ci croyait que le père d’Antioche, le souverain de la Moldavie devenu sujet de la Russie, était grec d’origine. Il envoie ses compliments au prince et à sa famille comme aux civilisateurs de la « Moscovie » : […] ceux de votre sang qui sont en Moscovie, serviront à faire fleurir les arts que toute votre maison semble cultiver. Vous n’avez pas peu contribué sans doute à introduire la politesse qui s’établit chez ces peuples, et vous leur...

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