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Vers l’imaginaire migrant

La fiction narrative des écrivains immigrants francophones au Québec (1980–2000)

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Tina Mouneimné

Quelle est la différence entre un écrivain considéré sans distinction aucune, un écrivain québécois, un écrivain forgé par l’immigration et un écrivain étiqueté comme écrivain migrant ? Y a-t-il un lien entre le contexte socioculturel et historique du Québec et l’émergence des « écritures migrantes » ? Quand un écrivain migre, ses sources d’inspirations migrent-elles avec lui ? Peut-on parler d’un seul imaginaire migrant ou bien, à l’instar de leurs auteurs, les sujets migrent-ils à leur tour ? À quel niveau, la dimension migrante se laisse-t-elle le mieux observer ?
Cet ouvrage se propose de cerner ces différentes questions pour rendre hommage aux écritures migrantes, courant littéraire éphémère et redondant de la fin du XX e siècle au Québec. L’auteure cherche à expliquer la popularité de ce phénomène complexe qui dépasse de loin le domaine de la langue et littérature francophone et se retrouve, un peu à son insu, à la croisée de plusieurs disciplines telles que la sociologie, la psychologie (voire la psychanalyse), l’histoire, les politiques de l’immigration et, surtout, face à la problématique du regard qui fige et définit.
Structuré autour de trois grandes questions (le statut des écrivains issus de l’immigration, les thèmes et la langue), cet ouvrage joint à un contexte spécifique – celui de l’effervescence culturelle et sociopolitique au Québec à la fin du XX e siècle – la réflexion sur la représentation littéraire de l’immigration et de l’identité, interpellée dans toute sa postmodernité.

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Conclusion

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De nos jours, la libre circulation des personnes, des biens, des ser- vices et des capitaux est la réalité même de la communauté internatio- nale. Néanmoins, il y a trente, vingt ans, le discours sur la diversité et sur le dialogue interculturel ne faisait que s’éclore, et l’autre – l’immi- grant – présentait une inquiétude, tout au mieux une interrogation, aux certitudes identitaires des populations sédentaires. Tout au long de cette étude, nous avons essayé de démontrer qu’une immigration réelle pouvait générer des passages migratoires fictifs. Dans le premier chapitre, nous avons donné amplement la parole aux écrivains immigrants eux-mêmes qui exprimaient un besoin brûlant de s’affranchir de la fixation au pays natal, au passé, et de dépasser les catégories binaires, telles que « Nous » et les « Autres ». La crainte de l’autre a freiné pendant très longtemps la reconnaissance des immigrants comme citoyens de plein droit et les écrivains immigrants comme écri- vains de plein droit. D’écrivains « immigrants », « migrants », « exi- lés », « transculturels », « postcoloniaux » et autres, ils seraient devenus, avec le temps, des « écrivains québécois » tout court. En effet, comme le précise Daniel Chartier, les « écritures migrantes » sont un courant litté- raire qui « […] s’il a inquiété les critiques à ses débuts, est aujourd’hui devenu partie prenante d’une littérature contemporaine »1. L’identité québécoise s’est affermie au point que les Québécois « de souche » ne se sentent plus menac...

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