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Le paradigme chrétien autour de 1800

L’exemple de Chateaubriand et des romantiques allemands

Diana Mite Colceriu

À situer dans le cadre d’une description du christianisme romantique, cette étude décrit les prédispositions et attitudes religieuses de Chateaubriand à deux moments décisifs de son parcours intellectuel et spirituel : l’exil en Angleterre et l’ Essai sur les révolutions (1797), puis le retour en France et le Génie du christianisme (1802).
L’analyse met en évidence les principes sur lesquels les positions de Chateaubriand sont établies et, pour y parvenir, fait appel au bagage théologique, historico-culturel et philologique qu’elles comportent. Cette application analytico-déductive a permis de configurer la mise en œuvre d’une certaine conscience chrétienne, les dispositions chrétiennes en France à la fin des Lumières, discernables dans l’apologétique esthétique et l’apologétique utilitariste, les types de Providence présents chez Chateaubriand, et de constater la mutation conceptuelle observable entre les deux ouvrages de ses débuts littéraires.
Ces résultats ont été confrontés à ce qui s’est manifesté, à la même période et dans le même domaine de préoccupations, dans l’espace allemand. Un réseau de similitudes est apparu entre l’apologiste français et d’autres romantiques : Schleiermacher, Hölderlin et Novalis. Tous semblent, en effet, participer d’un même Zeitgeist et traduire une forme mentale appartenant à un même paradigme intellectuel.

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CHAPITRE 1. Attitudes chrétiennes à la fin des Lumières

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27 CHAPITRE 1 Attitudes chrétiennes à la fin des Lumières Dans un ouvrage désormais classique pour la sociologie de la science, The Structure of Scientific Revolutions, Thomas S. Kuhn pro- pose une approche historique importante : selon lui, le progrès scienti- fique de l’humanité ne serait pas fait de manière linéaire, comme accu- mulation graduelle de connaissances et de faits, mais de façon discon- tinue, grâce à l’apparition de modèles nouveaux de pensée qui se sont succédés et qui ont entraîné des révolutions périodiques dans l’Histoire.1 C’est ainsi qu’il se propose d’analyser le parcours scientifique du monde occidental à partir de présupposés conceptuels propres aux différents âges ; à chaque époque correspond, à ses yeux, un « paradigme propre », c’est-à-dire « an entire constellation of beliefs, values, techniques, and so on shared by the members of a given community »2, en fonction duquel il est possible de repérer la spécificité et la potentialité innova- trice de l’époque en cause. Ce paradigme fonctionne jusqu’au moment où il se trouve dans l’impossibilité de fournir des réponses valables aux besoins cognitifs de l’homme et est graduellement remplacé par un autre modèle de pensée. Ce serait à ce moment que l’on pourrait parler d’un « changement paradigmatique » (« a paradigm shift ») ou de « révolu- tion scientifique », « the tradition-shattering complements to the tradi- tion-bound activity of normal science »3 qui constituent le moteur du développement du monde moderne. En identifiant...

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