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L’égarement comme signe d’une communauté

La Génération Perdue d’Aragon, Dos Passos, Fitzgerald et Hemingway

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Amaury Dehoux

Dans le monde de l’après-guerre, Aragon, Dos Passos, Fitzgerald et Hemingway participent d’un mal-être commun : l’égarement d’une jeune génération, privée de tout repère au sortir du premier conflit mondial. Mais, contrairement à nombre de leurs contemporains, ces quatre auteurs, loin de seulement subir un tel malaise, décident d’en faire un objet et un moteur de leur écriture. Ce geste donnera lieu à la publication de Trois Soldats pour Dos Passos, de Gatsby le Magnifique pour Fitzgerald, du Soleil se lève aussi pour Hemingway, et, plus tardivement, d’ Aurélien pour Aragon. Quatre romans qui accordent une place centrale au personnage de l’ancien combattant, en tant que figuration par excellence du désœuvrement et du déracinement. Quatre romans qui dessinent la constance et la prégnance d’une même expérience. Interroger les formes littéraires et humaines de l’égarement et saisir par là une communauté internationale d’écrivains, ce sont les deux grands défis que relève le présent ouvrage, lequel repart des théories disponibles sur la Génération Perdue, pour redéfinir, sur la base de leurs limites, une telle Génération, en y incluant pour la première fois la référence française, à travers Aragon et, plus brièvement, Henri Thomas.

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PREMIÈRE PARTIE : ÉCRIRE SON APRÈS-GUERRE

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PREMIÈRE PARTIE ÉCRIRE SON APRÈS-GUERRE 35 CHAPITRE 1 Quatre jeunes hommes à la sortie de la guerre I. Un ancien combattant français : Louis Aragon Après avoir été incorporé le 20 juin 1917, Louis Aragon se voit affecté au Val-de-Grâce le 15 septembre de la même année, afin d’y suivre les cours de médecine auxiliaire1. Reçu à l’examen le 4 avril 1918, il est rattaché au 355e régiment d’infanterie. En juin, il est envoyé au front où son comportement lui vaut la croix de guerre. C’est dans son autobio- graphie en vers, Le Roman inachevé (1956) qu’il aborde, sur le tard, la manière dont il a vécu l’épreuve des combats. La guerre y est ainsi montrée comme une expérience éminemment négative étant donné qu’il s’agit d’un univers où la mort est omniprésente. Elle touche des compa- gnons, mais elle semble surtout l’horizon de tous les hommes, combat- tants ou non (« on est des morts sursitaires »)2. Elle devient même la raison d’être des soldats, qui ne sont « plus que pour avoir péri »3. Bien plus, au front, même la survie est intimement liée à la mort puisqu’ « y vivre a pour règle tuer »4. Quelques vers laissent toutefois entendre une certaine nostalgie pour l’époque du front. Puisqu’elle ne fait que hâter une mort inéluctable, Aragon en vient à regretter « la guerre avec son parfum d’absinthe »5. Démobilisé en...

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