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Se coordonner dans un périmètre irrigué public au Maroc

Contradictio in terminis ?

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Zhour Bouzidi

Se coordonner dans un grand périmètre irrigué public, conçu dans l’idée même d’une coordination hiérarchique par l’État, renvoie-t-il à une contradictio in terminis ? Une question lancinante dans les débats en cours sur les périmètres irrigués de la grande hydraulique qui, en s’accordant sur les limites des modèles institutionnels et réformes successifs, restent toujours en quête d’approches pertinentes pour une bonne gestion de ces périmètres.
La réponse à cette question est a priori affirmative dans le périmètre irrigué du Gharb au Maroc, un périmètre longtemps façonné par un État s’ingérant dans les détails les plus infimes de la vie rurale. Le passage de l’eau du ciel à l’eau de l’État n’a pas marqué seulement les pratiques et le paysage agricole dans ce périmètre mais aussi les discours et les représentations collectives des agriculteurs et des agents de l’administration agricole. Alors : si on cherchait à repenser autrement cette question dans un contexte de redéploiement de l’État et d’émergence de nouvelles dynamiques ?
Tel est l’objectif de ce livre qui se propose d’appréhender la coordination de la gestion des périmètres irrigués de façon différente et originale. Différente, dans son ambition d’inverser le regard porté sur ces périmètres publics en analysant la coordination « par le bas ». Originale, dans son approche qui vise à décrypter la coordination in situ, son sens pratique, ses logiques implicites et explicites, autrement dit les grammaires d’action, en s’imprégnant des dédales des vécus locaux et des rouages de l’anodin et de l’irrégulier. Le livre s’attache à dénouer les fils de la coordination dans trois villages, fils que tissent les communautés locales dans leurs attachements divers avec la production d’agrumes, l’utilisation de l’eau pour l’irrigation et l’accès à la terre.

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Deuxième partie. Trois villages, trois objets de coordination

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deuxième Partie trois villages, trois oBjets de coordination 139 Chapitre IV L’eau : Douar Omarat « On a créé de l’eau toute chose vivante » Sourate Les Prophètes (El anbiya) verset 30, page 324. 1. Le cadre de vie : le douar et ses habitants Sur la rive gauche de l’oued Sebou, à une cinquantaine de km de Kenitra et à 25 km de Belksiri se trouve le douar Omarat (figure 11). À partir du centre de Dar El Gueddari, le village est situé à 2 km au nord sur la route qui mène à Sidi Allal Tazi. Une fois arrivé à la station de pompage du secteur P7 installée sur l’oued Beht, il faut emprunter une petite piste située en face qui mène jusqu’au douar. De part et d’autre de cette piste, on observe des parcelles de canne à sucre de faible densité, des parcelles de luzerne qui introduisent de la verdure dans un paysage qui apparaît à l’horizon visiblement plus aride (figure 11). Selon les saisons, on peut apercevoir des vaches et des moutons qui broutent de l’herbe aux bords des arroseurs ou dans les chaumes. Figure 11 : Localisation du douar Omarat (Source: google Earth, 2012) Se coordonner dans un périmètre irrigué public au Maroc 140 Le douar compte actuellement 160 familles installées dans des maisons construites pour la plupart en dur mais aussi une dizaine en pisé. L’habitat hétéroclite indique de manière visible les différenciations socioéconomiques et les inégalités qui règnent...

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