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Amours, danses et chansons

Le mélodrame de cabaret au Mexique et à Cuba (années 1940–1950)

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Julie Amiot-Guillouet

Cet ouvrage propose une analyse originale sur les relations cinématographiques entre Cuba et le Mexique à la période classique, à travers la construction de l’imaginaire particulier du mélodrame de cabaret, peuplé de danseuses de rumba au sang chaud et au cœur tendre. Les films dont elles sont les héroïnes sulfureuses s’enracinent dans les traditions génériques de l’industrie du cinéma mexicain, retravaillées par l’apport cubain à travers la musique, la danse, les paysages et les cabarets. Ils façonnent des personnages féminins originaux, introduisant des représentations inédites de danseuses et de femmes fatales qui luttent pour leur autonomie, et jouissent d’une grande liberté dans leur rapport avec leur corps. Cette coopération cinématographique s’explique par la volonté des producteurs, distributeurs et metteurs en scène mexicains de s’imposer sur les écrans cubains, tandis que les Cubains espèrent bénéficier de leur savoir-faire technique et artistique pour jeter les bases d’un cinéma national encore embryonnaire. Toutefois, l’atmosphère « tropicale » mise en œuvre dans les films s’avère un trompe-l’œil commercial lié au regard mexicain qui exotise Cuba. Un postulat dénoncé par les critiques et cinéastes cubains, en particulier au lendemain de la Révolution qui souhaite rompre radicalement avec ce cinéma commercial. La réception et l’historiographie de ces films en font ainsi de puissants révélateurs des imaginaires nationaux qu’ils contribuent à façonner et à véhiculer.

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Première partie. Le mélodrame de cabaret : un corpus fruit de la coproduction

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Première partie Le mélodrame de cabaret : un corpus fruit de la coproduction 21 Chapitre 1 La tradition musicale du mélodrame revitalisée Un genre originellement lié à la musique Retour sur un méli-mélo1 lexical Le Nouveau petit Le Robert, dictionnaire de la langue française, définit le mélodrame en ces termes : « MÉLODRAME n.m. – 1762 ; de mélo – et drame 1. ANCIENNT Œuvre dramatique accompagnée de musique ». Sa définition en fait un synonyme d’« opéra », avant de le relier à la tradition théâtrale. Il est au départ lié à la musique, comme l’indique le dictionnaire de Littré : « Terme de musique. Se dit d’un passage exécuté par l’orchestre, et exprimant les sentiments du personnage qui est en scène, tandis que celui-ci parle ou gesticule ». Le mot apparaît comme une composition linguistique : à partir de la racine « drame », le substantif créé indique qu’il s’agit d’un genre ayant suffisamment de points communs avec celui dont il est issu (le drame), mais également des traits distinctifs spécifiques (la musique) permettant de l’en distinguer. La création d’un néologisme permet de faire passer dans la langue une réalité esthétique nouvelle et autonome : l’évolution du mot illustre le processus générique lui-même. La lecture des dictionnaires fait d’ailleurs rapidement apparaître d’autres caractéristiques du genre, aux côtés de son origine musicale. Ainsi, à la fin du xviiie et dans le premier tiers du xixe siècle,...

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