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Amours, danses et chansons

Le mélodrame de cabaret au Mexique et à Cuba (années 1940–1950)

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Julie Amiot-Guillouet

Cet ouvrage propose une analyse originale sur les relations cinématographiques entre Cuba et le Mexique à la période classique, à travers la construction de l’imaginaire particulier du mélodrame de cabaret, peuplé de danseuses de rumba au sang chaud et au cœur tendre. Les films dont elles sont les héroïnes sulfureuses s’enracinent dans les traditions génériques de l’industrie du cinéma mexicain, retravaillées par l’apport cubain à travers la musique, la danse, les paysages et les cabarets. Ils façonnent des personnages féminins originaux, introduisant des représentations inédites de danseuses et de femmes fatales qui luttent pour leur autonomie, et jouissent d’une grande liberté dans leur rapport avec leur corps. Cette coopération cinématographique s’explique par la volonté des producteurs, distributeurs et metteurs en scène mexicains de s’imposer sur les écrans cubains, tandis que les Cubains espèrent bénéficier de leur savoir-faire technique et artistique pour jeter les bases d’un cinéma national encore embryonnaire. Toutefois, l’atmosphère « tropicale » mise en œuvre dans les films s’avère un trompe-l’œil commercial lié au regard mexicain qui exotise Cuba. Un postulat dénoncé par les critiques et cinéastes cubains, en particulier au lendemain de la Révolution qui souhaite rompre radicalement avec ce cinéma commercial. La réception et l’historiographie de ces films en font ainsi de puissants révélateurs des imaginaires nationaux qu’ils contribuent à façonner et à véhiculer.

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Deuxième partie. Le genre dans ses œuvres

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Deuxième partie Le genre dans ses œuvres 75 Chapitre 4 La société mise en scène Dans cette incessante recherche de l’émotion que suppose l’écriture mélodramatique, le statut social des personnages joue un rôle fondamental. L’univers mélodramatique est cohérent, puisqu’il met en place un réseau de signes facilement reconnaissables, tant dans ses traits discursifs que dans la mise en place de sa thématique. Ainsi, les films offrent l’image d’une société particulièrement cloisonnée, servant un projet de légitimation des structures en place, et l’élaboration de cette représentation fait écho aux leçons du dénouement. Analyse structurelle : l’empreinte mexicaine Des personnages archétypaux ? Le mélodrame se présente comme fondamentalement axiologique dans la mise en place de son système des personnages. Dans son schéma actantiel, la position de la victime se définit par rapport à une injustice commise contre elle, ce qui implique en contrepartie l’existence d’une justice qu’il va falloir rétablir, et d’un système de valeurs régissant les rapports entre les personnages. La trajectoire de la victime est ainsi emblématique : plongée dans une lutte souvent inégale, son destin peut être envisagé le plus souvent en termes de chute et/ou de rédemption, selon la nature du dénouement qui permet dans tous les cas de relégitimer les valeurs du corps social dominant. Silvia Oroz souligne l’imbrication entre les personnages, les péripéties de...

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