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Ville infectée, ville déshumanisée

Reconstructions littéraires françaises et francophones des espaces sociopolitiques, historiques et scientifiques de l’extrême contemporain

Series:

Sylvie Freyermuth, Jean-François Bonnot and Timo Obergöker

Le programme de recherche Reconstructions littéraires françaises et francophones des espaces sociopolitiques, historiques et scientifiques de l’extrême contemporain a réuni des chercheurs européens dont les travaux, présentés ici, sont entrés en dialogue au sujet de la catégorie de l’espace, en étroite relation avec la géographie, l’histoire, les sciences sociales et politiques, et enfin les sciences cognitives et la cybernétique.
L’espace est soumis aux tensions des difficiles premières années du XXIe siècle (guerres, peurs et fantasmes « terroristes », etc.), de surcroît marquées par une crise économico-financière sans précédent depuis 1929, de telle sorte que les groupes sociaux et les individus s’inscrivent dans des situations très nouvelles dans lesquelles se trouvent réactivés soupçons et défiances à l’égard des institutions politiques et de leurs administrations. Aucun domaine n’est épargné, qu’il s’agisse de l’éducation, de la recherche scientifique ou des activités de diffusion de l’information.
Ce volume explore et analyse la création, essentiellement romanesque, de l’extrême contemporain, où l’espace s’impose avec force, comme en témoigne le rôle rempli par les lieux archétypiques de la « surmodernité » – prisons, usines, périphéries urbaines, voire centrales nucléaires, ensemble de lieux « sans qualités apparentes ». C’est parce que la littérature est à la fois une caisse de résonance des fantasmes et des terreurs et une conscience critique, que ces contributions veulent rendre compte de ce rapport avec l’espace, dont l’humain a lui-même organisé la planétarisation et – paradoxalement – la déshumanisation.
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Pour une désaliénation neuro-cognitive des Aliens des légendes (r)urbaines

Positions de recherche : entre cerveau et terrain

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Marie-Agnès CATHIARD

Université Stendhal de Grenoble

Nous avons choisi, dans le cadre de ce programme de recherche sur les perceptions (in)sécuritaires de l’infection dans la ville en (auto)fiction – pour nous par priorité experience-centered (Hufford, 1982) –, de focaliser notre contribution sur les avatars d’Aliens dans les peurs des légendes urbaines ou contemporaines. Ces présences hantantes en corps dits « fantômes » (dernièrement Brugger, 2012), sont pourtant tout aussi neuralement réelles en cartographie corticale sensorimotrice corporelle que peut l’être une douleur de membre amputé dit « fantôme » jusqu’au bout des doigts, que ceux-ci aient migré sur l’épaule ou… sur la joue (Ramachandran & Hirstein, 1998). L’appellation « légendes urbaines » est la plus courante1 et la plus célèbre (cf. la « saga sequel » Urban Legend, 1998-2005). Mais les spécialistes de folkloristique qui sont en relation avec l’ISFNR (International Society for Folk Narrative Research), comme l’ISCLR (International Society for Contemporary Legend Research), parlent plus justement de « légendes contemporaines » car, ainsi que nous le verrons, ces légendes urbaines se diffusent et se portent aussi très bien à la campagne. Nous avons choisi pour notre part d’emprunter le qualificatif de rurbain, qui a été l’objet d’une thèse pionnière de l’école grenobloise de géographie humaine, héritière de Raoul Blanchard : l’étude de Jean David (1980), Du rural au rurbain sur l’avant-pays savoyard entre les villes d’Annecy et de Genève. Nous avons...

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