Show Less
Restricted access

Ville infectée, ville déshumanisée

Reconstructions littéraires françaises et francophones des espaces sociopolitiques, historiques et scientifiques de l’extrême contemporain

Series:

Edited By Sylvie Freyermuth, Jean-François Bonnot and Timo Obergöker

Le programme de recherche Reconstructions littéraires françaises et francophones des espaces sociopolitiques, historiques et scientifiques de l’extrême contemporain a réuni des chercheurs européens dont les travaux, présentés ici, sont entrés en dialogue au sujet de la catégorie de l’espace, en étroite relation avec la géographie, l’histoire, les sciences sociales et politiques, et enfin les sciences cognitives et la cybernétique.
L’espace est soumis aux tensions des difficiles premières années du XXI e siècle (guerres, peurs et fantasmes « terroristes », etc.), de surcroît marquées par une crise économico-financière sans précédent depuis 1929, de telle sorte que les groupes sociaux et les individus s’inscrivent dans des situations très nouvelles dans lesquelles se trouvent réactivés soupçons et défiances à l’égard des institutions politiques et de leurs administrations. Aucun domaine n’est épargné, qu’il s’agisse de l’éducation, de la recherche scientifique ou des activités de diffusion de l’information.
Ce volume explore et analyse la création, essentiellement romanesque, de l’extrême contemporain, où l’espace s’impose avec force, comme en témoigne le rôle rempli par les lieux archétypiques de la « surmodernité » – prisons, usines, périphéries urbaines, voire centrales nucléaires, ensemble de lieux « sans qualités apparentes ». C’est parce que la littérature est à la fois une caisse de résonance des fantasmes et des terreurs et une conscience critique, que ces contributions veulent rendre compte de ce rapport avec l’espace, dont l’humain a lui-même organisé la planétarisation et – paradoxalement – la déshumanisation.
Show Summary Details
Restricted access

Aux confins des villes infectées.Un livre blanc de Philippe Vasset

Représenter la ville

Extract

Aux confins des villes infectées

Un livre blanc de Philippe Vasset

Timo OBERGÖKER

Université de Chester

Dans L’Invention du quotidien, Michel de Certeau nous donne à voir la ville de New York dans deux perspectives différentes : vue depuis le World Trade Center, la ville

se mue en texturologie où coïncident les extrêmes de l’ambition et de la dégradation, les oppositions brutales de races et de styles, les contrastes entre les buildings créés hier, mués déjà en poubelles, et les irruptions urbaines du jour qui barrent l’espace1.

Les usagers de la ville, qui constituent l’autre point de vue présenté par l’auteur, n’ont pas conscience, en revanche, qu’ils participent à leur insu, par leurs parcours quotidiens et ritualisés, à la création d’un texte, à une poésie, parce que ceux-ci ne sont visibles que depuis les hauteurs. L’ensemble des mouvements effectués en ville compose une belle histoire quotidienne, mais néanmoins inracontable. Comme l’affirme Michel de Certeau :

C’est « en bas » au contraire (down), à partir des seuils où cesse la visibilité, que vivent les pratiquants ordinaires de la ville. Forme élémentaire de cette expérience, ils sont des marcheurs, Wandersmänner, dont le corps obéit aux pleins et aux déliés d’un « texte » urbain qu’ils écrivent sans pouvoir le lire. Ces praticiens jouent des espaces qui ne se voient pas ; ils en ont une connaissance aussi aveugle...

You are not authenticated to view the full text of this chapter or article.

This site requires a subscription or purchase to access the full text of books or journals.

Do you have any questions? Contact us.

Or login to access all content.