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Ville infectée, ville déshumanisée

Reconstructions littéraires françaises et francophones des espaces sociopolitiques, historiques et scientifiques de l’extrême contemporain

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Edited By Sylvie Freyermuth, Jean-François Bonnot and Timo Obergöker

Le programme de recherche Reconstructions littéraires françaises et francophones des espaces sociopolitiques, historiques et scientifiques de l’extrême contemporain a réuni des chercheurs européens dont les travaux, présentés ici, sont entrés en dialogue au sujet de la catégorie de l’espace, en étroite relation avec la géographie, l’histoire, les sciences sociales et politiques, et enfin les sciences cognitives et la cybernétique.
L’espace est soumis aux tensions des difficiles premières années du XXI e siècle (guerres, peurs et fantasmes « terroristes », etc.), de surcroît marquées par une crise économico-financière sans précédent depuis 1929, de telle sorte que les groupes sociaux et les individus s’inscrivent dans des situations très nouvelles dans lesquelles se trouvent réactivés soupçons et défiances à l’égard des institutions politiques et de leurs administrations. Aucun domaine n’est épargné, qu’il s’agisse de l’éducation, de la recherche scientifique ou des activités de diffusion de l’information.
Ce volume explore et analyse la création, essentiellement romanesque, de l’extrême contemporain, où l’espace s’impose avec force, comme en témoigne le rôle rempli par les lieux archétypiques de la « surmodernité » – prisons, usines, périphéries urbaines, voire centrales nucléaires, ensemble de lieux « sans qualités apparentes ». C’est parce que la littérature est à la fois une caisse de résonance des fantasmes et des terreurs et une conscience critique, que ces contributions veulent rendre compte de ce rapport avec l’espace, dont l’humain a lui-même organisé la planétarisation et – paradoxalement – la déshumanisation.
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Dogvilles : Jean Rolin sur les traces des chiens errants

Structure du livre : une narration ambulatoire

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Manet van MONTFRANS

Université d’Amsterdam

Pour nombre d’écrivains, les animaux témoignent de l’horreur des conflits humains. Ainsi, le thème des morts laissés sans sépulture, dévorés par les chiens, traverse la littérature de bout en bout – d’Homère à Vassili Grossman, de la Bible aux Bienveillantes de Jonathan Littell. À titre d’exemple, on peut évoquer la plainte funèbre d’Andromaque à la fin de L’Iliade, quand, des murs de Troie, elle voit Achille attacher le cadavre de son époux Hector à son char et le traîner vers le camp grec : « et maintenant, près des nefs creuses, loin de tes parents, les vers grouillants, après les chiens repus, vont dévorer ton corps »1.

Cette plainte d’Andromaque figure dans Un chien mort après lui de Jean Rolin (1949), livre qui se situe à mi-chemin entre le reportage et le récit d’investigation, échappant à la taxinomie générique traditionnelle2. Dans L’homme qui a vu l’ours, recueil paru en 2006, Rolin, journaliste et écrivain, avait réuni une partie des reportages et articles qu’il avait publiés dans différents journaux et magazines entre 1980 et le début des années 20003. Évoquant friches urbaines et terrains vagues, donnant un aperçu social du périurbain parisien, Zones (1995) et La Clôture (2002) sont des ← 139 | 140 → textes qui se consacrent à évoquer des espaces d’exclusion sociale et les façons possibles de les habiter.

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