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La Grande Guerre en musique

Vie et création musicales en France pendant la Première Guerre mondiale

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Edited By Florence Doé de Maindreville and Stéphan Etcharry

Qu’elle permette d’oublier les horreurs vécues, de donner du courage aux soldats et à leur famille, de souder une nation face à l’ennemi, d’accompagner la mémoire des disparus et de réconforter les survivants, la musique a occupé une place importante durant la Grande Guerre. Inscrit dans une dynamique de recherche scientifique, ce livre propose des enquêtes originales sur la vie musicale au front et à l’arrière. Centré sur la création artistique, il apporte des éclairages inédits, notamment sur la façon dont les compositeurs et les interprètes ont vécu leur art dans un moment aussi critique de l’histoire, et soulève de nombreuses questions : quelles sont les motivations des musiciens à poursuivre leur activité dans un contexte aussi dramatique ? La musique est-elle vécue comme engagement offensif ou comme échappatoire ? Comment les musiciens sont-ils perçus au front par les autres soldats ? Comment les compositeurs, à l’avant comme à l’arrière, se positionnent-ils face à la création ? Voici quelques-unes des questions qui traversent ce livre, lequel, au fil des chapitres consacrés tour à tour à des acteurs plus ou moins célèbres du monde artistique, à des œuvres, au problème de l’édition ou encore à la vie culturelle à Paris et en province, trame un panorama musical de cette France en guerre.
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« À ne pas ouvrir pendant la guerre » : l’union sacrée et la mobilisation de l’édition musicale, 1914–1918

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1

Rachel MOORE

Université d’Oxford

L’étudiant de musique flânant le long du boulevard Haussmann au début de l’année 1915, à la recherche d’une édition des sonates pour piano de Beethoven, aurait probablement été intrigué de voir que la vitrine du magasin de l’éditeur Charles Hayet avait changé par rapport à la semaine précédente. Les volumes de Peters et Litolff avaient disparu pour laisser place à des séries intitulées « Édition nationale » et « Édition nationale de musique classique ». Rassuré en trouvant l’édition de Peters sur une étagère à l’intérieur du magasin, l’étudiant aurait été surpris de découvrir le volume recherché étiqueté de la mention « À ne pas ouvrir pendant la guerre ». Les mêmes inscriptions figuraient sur d’autres étagères étalant les stocks d’éditions allemandes. On s’imagine aisément cet étudiant, rôdant dans les rayons, partagé entre sa loyauté envers les recommandations de son professeur pour obtenir une édition publiée par l’éditeur de Leipzig et la gêne à l’idée d’être aperçu achetant un volume proscrit2.

Le fait que Hayet possédait encore des volumes d’édition allemande en réserve est assez inhabituel étant donné les nouvelles lois sur le ← 253 | 254 → commerce entrées en vigueur au début de la guerre. Lors de sa recomposition à Bordeaux après son évacuation de la capitale en août 1914, le gouvernement réfléchit à la mise en place...

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