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Documents diplomatiques français

1949 – Tome I (1er janvier – 30 juin)

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Edited By Ministère des Affaires étrangères

Une grande affaire du premier semestre 1949 est le Pacte atlantique. Parallèlement la mise sur pied de l’Allemagne occidentale bat son plein, autour de la question de la « Loi fondamentale » de la future RFA. Les deux dossiers sont étroitement liés ; la France doit définitivement revoir sa politique allemande, mais on admet désormais que la priorité, c’est la résistance face à l’URSS  ; il faut empêcher celle-ci d’utiliser l’Allemagne. Le but n’est plus de morceler l’Allemagne, mais de l’incorporer dans un système de sécurité occidental.
Autre grand souci : l’Indochine. On suit les négociations complexes avec l’empereur Bao Dai. On parvient cependant aux accords du 8 mars 1949. Paris se montre très restrictif et frileux. Mais on s’inquiète des répercussions en Indochine de la défaite de Tchang Kai Tchek face aux communistes chinois. Cependant les États-Unis commencent, en raison de cette inquiétude, à mieux comprendre la position française à l’égard du problème indochinois. Décidément la politique extérieure française entre dans une nouvelle phase.
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67. M. d’Ormesson, Ambassadeur de France près le Saint-Siège, à M. Schuman, Ministre des Affaires étrangères

67

M. D’ORMESSON, AMBASSADEUR DE FRANCE PRÈS LE SAINT-SIÈGE,

       À M. SCHUMAN, MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES1.

D. n° 47.

Rome (Saint-Siège), 28 janvier 1949.

Les milieux du Vatican continuent à suivre avec la plus grande attention les événements d’Indochine et s’inquiètent chaque jour davantage de l’attitude hostile du Vietminh à l’égard des catholiques qu’ils soient européens ou indigènes, missionnaires ou simples catéchistes.

Un article, paru dans l’Osservatore Romano du 26 janvier, et intitulé « Vietminh et Viêtnam en face des Missions » révèle ce souci croissant des autorités vaticanes devant la persécution systématique dont sont victimes les catholiques indochinois.

« Tandis qu’ils déclarent respecter la religion, écrit l’organe du Saint-Siège, les communistes vietminhiens haïssent les catholiques et tentent criminellement d’empêcher l’exercice de leur culte et la propagation de leur foi ». À l’appui de cette affirmation, l’Osservatore Romano relate un certain nombre de faits tendant à montrer que les partisans du Vietminh s’opposent trop souvent par la violence à l’exercice de la liberté religieuse. Et il note, à l’honneur des persécutés, que ceux-ci non seulement savent résister aux vexations et aux souffrances qu’ils supportent courageusement mais qu’ils trouvent dans ces épreuves, en même temps que des motifs propres à exalter leur foi, des exemples qui suscitent les conversions et les vocations.

L’éditorialiste flétrit également les moyens de propagande qu’emploient les Vietminhiens pour ridiculiser la religion et paralyser le mouvement d’évangélisation : « Au terrorisme, écrit-il, s’ajoute la propagande mensongère car pour les gens du Vietminh la fin justifie les moyens. Conférences, tracts, manifestes, radio, tout est bon pour fausser l’opinion publique, Calomnier l’adversaire, égarer les esprits et les consciences. On va jusqu’à parodier une procession religieuse se déroulant à travers les rues d’un village catholique dans la province de Sontay. On a pu voir alors un faux évêque singer le vicaire apostolique vietnamien de Phatdiem et prêcher aux chrétiens le devoir d’appuyer le Vietminh communiste décoré du titre de “parti national” ! ».

Après avoir précisé que de nombreux missionnaires, notamment 6 Sulpiciens du grand séminaire d’Hanoï et 4 Dominicains espagnols demeurés au vicariat apostolique de Bac-Ninh, ont été pris en otage par les éléments du Vietminh et n’ont plus donné de leurs nouvelles depuis de longs mois, le journal souligne que malgré les persécutions et les massacres l’évangélisation du pays se poursuit activement et qu’il est réconfortant pour l’Église d’assister parmi les indigènes à l’éclosion de vocations propres à reconstituer les effectifs du clergé décimé. « Au milieu des épreuves, note-t-il, les consolations ne manquent pas : baptêmes fréquents d’adultes dans la paroisse de Hanoï ; afflux extraordinaire de fidèles dans les églises et les écoles des Missions ; et même ordination, le 8 décembre dernier, d’un diacre et de 9 sous-diacres, qui permettra d’avoir bientôt dix nouveaux prêtres pour combler, au moins en partie, les vides profonds creusés durant ces trois dernières années, dans les rangs du clergé indigène et étranger ».

L’éditorialiste souligne qu’il faut à ces jeunes prêtres une vocation particulièrement ferme pour affronter les épreuves qui les attendent dans l’exercice de leur ministère. À titre d’exemple, il cite le vicariat apostolique de Buichu qui se trouve tout entier sous la domination du Vietminh : « Les missionnaires, écrit-il, qui se déplacent pour les besoins du culte, se font accompagner par une escorte armée, et, malgré cela, ils ne rentrent pas toujours à leur résidence… Impossible de sortir la nuit, pour répondre à l’appel des moribonds. Le Vietminh communiste lésine à la mission le riz destiné aux pauvres qu’elle fait vivre : des centaines de ces malheureux ont gagné la zone libre d’où, malgré leur dénuement, ils trouvent le moyen d’envoyer à la mission des tissus et des aliments ».

(Direction d’Asie-Océanie, Indochine, volume 186)

1  Dépêche adressée à la direction d’Europe et communiquée à la direction d’Asie. Note manuscrite : « C[ommuni]quer à F[rance] O[utre] M[er], Hanoï, f[ai]t 2/2 ».