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Giorgio Caproni, poète-traducteur

Le rôle de la traduction dans le processus créatif

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Judith Lindenberg

Giorgio Caproni (1912-1990) est désormais reconnu comme l’un des plus grands poètes italiens de son temps. Parallèlement à son œuvre poétique, il a exercé, comme nombre de ses contemporains, une activité de traducteur à partir des plus grands noms de la littérature française du XX e siècle : Proust, Céline, Apollinaire, Char, pour ne citer qu’eux. À la croisée d’une démarche traductologique et littéraire, nous voyons comment, par le truchement d’autres auteurs, d’un autre genre (la prose), d’une autre langue (le français), l’acte traductif se constitue en laboratoire où se prépare le tournant de la poésie à venir de Caproni, selon la formule que le philosophe Giorgio Agamben a utilisé à son égard.
C’est à travers la traduction de ces auteurs (autour des années 1960 notamment) que s’élabore la poétique traductive de Caproni, caractérisée par la déconstruction du lien syntaxique. La ponctuation utilisée comme instrument rythmique et mélodique scande le texte, donnant lieu à un jeu sur l’instance locutoire que l’on retrouve ensuite dans la poésie. En effet, le recueil Congedo del viaggiatore cerimonioso (1965) marque l’apparition d’un personnage et le début d’une nouvelle phase de l’œuvre. La série de personnages qui habite la seconde partie de l’œuvre de Giorgio Caproni témoigne d’une stratégie de théâtralisation de l’espace poétique forgée dans les traductions. Mais cette simulation théâtrale n’est qu’une des modalités utilisées par le poète pour exprimer la perte de confiance dans le pouvoir de la parole à exprimer le réel. Ce constat ouvre vers les thèmes de la dissolution du sujet et de l’absence de Dieu : thèmes à entendre moins du point de vue d’une pensée philosophique que du langage musical, vers lequel cette poésie tend et qui en fonde la modernité.
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Les traducteurs et les auteurs traduits : constellations

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Le corpus des traductions de Giorgio Caproni s’est majoritairement formé au gré des commandes d’éditeurs. Les traductions poétiques parues en revues et mentionnées précédemment, ne recoupent pas forcément le choix des regroupements en volumes. L’anthologie de Char, Poesia e prosa1, co-traduite avec Vittorio Sereni est la traduction d’une anthologie préexistante : la part des traductions précédentes y est donc faible et due au hasard. Le volume Poesie2, d’après Apollinaire est formé de poésies appartenant à l’ensemble de la production du poète français tout en tenant compte des autres traductions d’Apollinaire déjà publiées en Italie3, pour opérer un choix à la fois original et représentatif. Les deux recueils de Frénaud traduits par Caproni, Il Silenzio di Genova e Non c’è paradiso4, répondent en revanche à une volonté de l’auteur, en concertation avec son ami traducteur, volonté dont la réalisation a été suspendue et menacée par de multiples aléas éditoriaux avant de finalement voir le jour, en 1967 pour le premier chez Einaudi et en 1971 pour le second, chez Mondadori. Comme dans le cas de Char, ce dernier est la traduction d’une anthologie, Il n’y a pas de paradis, parue chez Gallimard en 1962.

Ces poètes, ainsi que d’autres n’ayant pas fait l’objet de publications en volumes (l’exemple le plus notoire est Prévert) se retrouvent dans le Quaderno di traduzioni, anthologie de traductions poétiques de Caproni....

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