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Cixous Party/«Partie» de Cixous

Marie-Dominique Garnier and Joana Maso

Partie, depuis 1974, est resté, non pas lettre morte, mais lettre tue, accueillie par un silence de presque quarante ans – alors que l’une de ses voisines, Finnegans Wake, bruisse et fait parler d’elle. Certains textes, comme certains vins, grandissent à l’ombre de vastes foudres – sous voile. Quel étrange voile a maintenu ce texte (et, en partie, l’œuvre immense à laquelle elle a servi de laboratoire et de chambre d’échos) à l’écart des chemins de la lecture ? Selon Jacques Derrida l’œuvre d’Hélène Cixous reste méconnue « pour des raisons qui, explicitées, révéleraient tout ce qui, en ce siècle et surtout en ce pays, s’interdit » (Voiles). Qu’est-ce qui, en Partie, s’interdit ou ne se dit que sous voile ? Beaucoup de choses : le « sujet » s’y fait machine de guerre post-identitaire ; l’objet-livre s’y fait réversible, retors comme un ver ; la littérature s’y connecte à ses envers (parmi lesquels Alice et ses miroirs, ou Proust, parti du côté de « chez Swann » et non de « chez soi »). Livre-ovni, Partie est ici lu comme un cousin possible du Finnegans Wake de Joyce, mais aussi en tant que livre-monde, parti guerroyer contre les scléroses de la pensée occidentale – ici aux prises avec « heideguerre » ou la « pissecanalyse ». Ce volume aborde Partie en tant que puissance ouvrante, œuvre forte où puiser comme à une réserve de voix résistantes.
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En mémoire de Mara Negrón: (Hélène Cixous)

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Très difficile de parler de Mara alors qu’hier et demain je parlais avec elle. Je me sens comme Déméter à qui Hadès a enlevé Perséphone. Mara je l’ai eue pour fille quand nous étions encore très jeunes. Jeune femme en fleur. Venue de loin, de près, dans un pré où dans les années 1980 j’essayais, je rêvais, d’enraciner mondialement et de faire croître une réflexion plurielle, philosophico-littéraire, sur les différences à commencer par les DS, les différences sexuelles. Il y avait quelque chose de mythologique dans l’air. Il était convenu, naturel, que toutes ces venantes, ces venants fussent fougueux et belles. Belles ? On l’était tous. C’était si joyeux de relever le défi des millénaires. Et parmi les différentes beautés, il y avait la Beauté même, le mystère Mara, la grâce d’une nymphe souriante, mais pudique et légèrement voilée d’une voilette scientifique. Une nymphe pensante.

Mara est notre divinité transcontinentale, elle allait et venait d’un bord à l’autre, tendrement phallique et malicieusement virginale. Sans étalage. Naturelle, Mara s’était toujours distinguée entre tous et toutes, par la sobriété raffinée de son éclat.

Les petits défauts, les coquetteries, elle ne s’y prêta jamais. Délicatement forte, bien posée sur la terre, elle s’élève dans une sorte...

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