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La réconciliation franco-allemande par la jeunesse

La généalogie, l’événement, l’histoire (1871–2015)

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Mathias Delori

Les guerres prennent souvent naissance dans les représentations mutuelles, les sentiments de haine réciproque et le désir de revanche des populations. Les jeunes se trouvent souvent en première ligne dans ce mécanisme. Au cours de la Première guerre mondiale, par exemple, les jeunes Européens se sont mutuellement entretués au rythme de 1000 personnes par jour. Conscients de ce phénomène, des pacifistes et des antimilitaristes ont proposé, dès le tournant des XIX e et XX e siècle, de faire de la jeunesse l’objet de leur propagande pour la paix. Leurs propositions ont rarement franchi le rubicond de la sphère politique. Il existe cependant au moins une exception : en 1963, les gouvernements français et ouest-allemand ont mis en place une politique ambitieuse de réconciliation centrée sur les échanges de jeunes. La plupart des auteurs qui se sont intéressés à cette politique publique ont adopté une perspective hagiographique. Cet ouvrage propose au contraire de normaliser cet objet d’étude en s’appuyant sur la méthode généalogique développée par Michel Foucault. Le livre étudie la genèse (de 1871 à 1963), la mise en œuvre (de 1963 à 1973) et la révision (depuis 1973) de cette politique de réconciliation par la jeunesse. Il s’adresse autant aux personnes intéressées par cet aspect particulier du rapprochement franco-allemand qu’à celles qui veulent comprendre, d’une manière plus générale, l’intérêt et les limites des politiques de socialisation à la cause de la paix.
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Chapitre 7. Le retour du symbolisme de la réconciliation par la jeunesse (1954-1962)

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Le retour du symbolisme de la réconciliation par la jeunesse (1954-1962)

Les années qui précédèrent la signature du traité de l’Élysée (1954-1962) virent la (ré)émergence d’une ancienne pratique : l’utilisation du thème de la réconciliation par la jeunesse à des fins de politique symbolique. L’exemple le plus éloquent de ce développement est le discours que le Général de Gaulle adressa à la jeunesse allemande le 9 septembre 1962 à Ludwigsbourg1. De Gaulle ne développa à cette occasion aucun projet concret. L’ensemble du discours est plutôt une sorte d’ode quelque peu démagogique à la jeunesse allemande. Le général félicita par exemple cette jeunesse « d’être jeune » et d’être la fille « d’un grand peuple »2.

Du côté allemand, on peut citer l’inauguration par le chancelier Adenauer du « Jugendburg » – un centre destiné à accueillir les jeunesses du monde – à Burg Waldeck en Rhénanie Palatinat. La cérémonie prenait place dans un lieu de mémoire à la fois allemand et franco-allemand. Le château, construit en 1250, avait été détruit en 1689 par les armées françaises. Pendant l’entre-deux-guerres, il avait été investi par un mouvement de jeunesse allemand, le « Nerother Wandervogel », qui y avait organisé diverses manifestations sur le thème de la paix par la jeunesse en présence, notamment, de Romain Rolland. Le mouvement avait ensuite été dissous par les nazis3. Après la...

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