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La réconciliation franco-allemande par la jeunesse

La généalogie, l’événement, l’histoire (1871–2015)

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Mathias Delori

Les guerres prennent souvent naissance dans les représentations mutuelles, les sentiments de haine réciproque et le désir de revanche des populations. Les jeunes se trouvent souvent en première ligne dans ce mécanisme. Au cours de la Première guerre mondiale, par exemple, les jeunes Européens se sont mutuellement entretués au rythme de 1000 personnes par jour. Conscients de ce phénomène, des pacifistes et des antimilitaristes ont proposé, dès le tournant des XIX e et XX e siècle, de faire de la jeunesse l’objet de leur propagande pour la paix. Leurs propositions ont rarement franchi le rubicond de la sphère politique. Il existe cependant au moins une exception : en 1963, les gouvernements français et ouest-allemand ont mis en place une politique ambitieuse de réconciliation centrée sur les échanges de jeunes. La plupart des auteurs qui se sont intéressés à cette politique publique ont adopté une perspective hagiographique. Cet ouvrage propose au contraire de normaliser cet objet d’étude en s’appuyant sur la méthode généalogique développée par Michel Foucault. Le livre étudie la genèse (de 1871 à 1963), la mise en œuvre (de 1963 à 1973) et la révision (depuis 1973) de cette politique de réconciliation par la jeunesse. Il s’adresse autant aux personnes intéressées par cet aspect particulier du rapprochement franco-allemand qu’à celles qui veulent comprendre, d’une manière plus générale, l’intérêt et les limites des politiques de socialisation à la cause de la paix.
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Introduction à la deuxième partie

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Nous avons retracé dans la première partie de cet ouvrage la généalogie du double répertoire d’action à l’origine de l’OFAJ. Nous avons montré que deux conceptions du rapprochement par la jeunesse ont émergé après les guerres de 1870-1871 et 1914-1918 : une conception éducative et une conception symbolique. Ces deux conceptions se sont rencontrées, après la Seconde guerre mondiale, dans un instrument : les rencontres de jeunes. Le dispositif a alors migré de la sphère de la « société civile » vers la sphère gouvernementale pour devenir un instrument, parmi d’autres, de l’action culturelle à l’étranger.

Ce processus permet de comprendre comment l’idée d’une action publique centrée sur les rencontres de jeunes est peu à peu devenue pensable, énonçable puis naturelle. Pour dire les choses très simplement, l’idée de créer un organisme tel que l’OFAJ aurait semblé inimaginable avant la Première guerre mondiale ou pendant l’entre-deux-guerres. En 1963, en revanche, cette option apparaissait naturelle à tous les acteurs. Ce point ressort des témoignages de l’époque. Pour le ministre allemand des Affaires étrangères, par exemple, l’idée « était dans l’air »1.

Un grand chemin restait cependant à parcourir avant ce que nous appellerons l’événement de l’année 1963. En effet, même si elle s’inscrit dans la continuité du processus décrit plus haut, l’action publique instituée en 1963 est entièrement originale sur un point : le volontarisme2 affiché par...

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