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La Poste, servante et actrice des relations internationales (XVIe–XIXe siècle)

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Alexandre Tessier

L’existence de relations postales est généralement perçue comme un prérequis de l’essor de la diplomatie moderne. L’apparition de routes de relais sur de grandes distances, à la fin du Moyen Âge, permit tout d’abord aux diplomates de maintenir un contact régulier avec leurs cours d’origine, d’où la multiplication des ambassades permanentes. Puis, vers la fin du XVIe siècle, l’extension des services publics de Poste aux lettres entraîna une baisse drastique des coûts de communication : l’envoi de courriers particuliers put devenir exceptionnel ; les ambassades se mirent à vivre au rythme des « ordinaires », ces convois de lettres ouverts à tous, qui chaque semaine reliaient les capitales européennes entre elles. La diplomatie entrait dans son âge classique.
L’objet des études rassemblées dans ce recueil est de dépasser ce scénario trop général pour explorer en quoi consista le partenariat effectif, quotidien, intime, qui dut nécessairement se nouer entre la diplomatie et la Poste. Balayant l’ensemble de l’Europe moderne, ces contributions révèlent la grande variété des situations, selon les régions ou périodes considérées. Abordant un riche éventail de thèmes – rôle des cabinets noirs, usage des guides postaux, connivences entre journalistes et diplomates –, elles montrent aussi que les contraintes des moyens de communication disponibles ne pesaient pas seulement de façon négative sur l’activité diplomatique : elles lui ouvraient maintes perspectives de manipulation de l’information. C’est en ce sens que, servante incontournable des relations internationales à l’Époque moderne, la Poste peut aussi prétendre au statut d’actrice des affaires.
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Préface

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Reynald ABAD

Professeur à l’Université Paris-Sorbonne Centre Roland Mousnier

[L’Ambassadeur] voulait absolument que la plus grande partie de sa dépêche au Roi et celle au Ministre fût en chiffres, quoique l’une et l’autre ne contînt absolument rien qui demandât cette précaution. Je lui représentai qu’entre le vendredi, qu’arrivaient les dépêches de la Cour, et le samedi, que partaient les nôtres, il n’y avait pas assez de temps pour l’employer à tant de chiffres et à la forte correspondance dont j’étais chargé pour le même courrier. Il trouva à cela un expédient admirable : ce fut de faire, dès le jeudi, la réponse aux dépêches qui devaient arriver le lendemain. Cette idée lui parut si heureusement trouvée, quoique je pusse lui dire sur l’impossibilité, sur l’absurdité de son exécution, qu’il en fallut passer par là.

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