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Le pouvoir de l’absent

Les avatars de l’anticommunisme au Congo (1920–1961)

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Anne-Sophie Gijs

Cet ouvrage a reçu le prix du Centre des Archives communistes en Belgique, « Prix CARCOB 2015 »

Obscures mouvances religieuses, remuants syndicats, espions industriels, étrangers comploteurs ou étoiles nationalistes ascendantes… Entre 1920 et 1961, le visage du « péril rouge » au Congo fut protéiforme. Cet ouvrage entend mettre au clair, d’une part la réalité et le degré de dangerosité du communisme au Congo, et d’autre part les enjeux liés à son combat, à travers les variations qu’ils connurent, au gré de la conjoncture politique, économique et sociale interne à la Belgique et sa colonie, mais aussi de la configuration de « l’échiquier » international. Confrontant archives, travaux et témoignages inédits, notre analyse démontre que malgré son échec à s’implanter in fine au Congo, le communisme n’en a pas moins exercé un pouvoir mobilisateur surprenant par toutes les répercussions et les réalisations que sa peur a engendrées. On peut dès lors parler de « pouvoir de l’absent », et ce, dans une pléiade de domaines : sphères policières et militaires, rouages diplomatiques et économiques, enjeux politiques et identitaires. Recourant aux notions de « mythe » dans l’édification d’un Lumumba communiste ou de « bouc émissaire » comme régulateur de crise, notre étude se conclut plus largement sur les mécanismes humains à l’œuvre dans l’identification d’un ennemi déstabilisateur, puis dans son élimination, censée apporter un apaisement ou une accréditation symboliques.
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Introduction

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Sur le plan international, l’Union Soviétique sort de la Seconde guerre mondiale auréolée du prestige des victoires de son Armée rouge. Les pertes humaines se transforment en autant de héros martyrs de la juste cause soviétique. De l’autre côté de l’Atlantique, les États-Unis sont impressionnés par cette puissance qui contraste avec les anciens empires, affaiblis voire complètement détruits (France, Angleterre, Allemagne, mais aussi Japon)1. Cette affirmation géopolitique se double d’un triomphe idéologique : le communisme soviétique a contribué à écraser le nazisme et le fascisme2. Son chef en est donc quasi sacralisé et les partis communistes du monde entier tirent profit de cette gloire, d’autant plus que nombre de leurs adhérents s’étaient engagés dans la Résistance à l’occupation allemande. Ceux-ci récoltent d’ailleurs rapidement les contreparties politiques de cet engagement et font leur entrée dans plusieurs cabinets ministériels. C’est le cas en Belgique où les effectifs du PCB vont littéralement décupler (ils passent d’un peu plus de 8000 membres en 1938 à pratiquement 88 000 à la Libération)3 : ses élus s’imposent au Parlement4 et les communistes belges intégreront pas moins de cinq gouvernements d’après-guerre : ils gagneront des portefeuilles allant de la Santé publique et du Ravitaillement aux Travaux publics et à la Reconstruction5.

Sur le terrain colonial, l’Union Soviétique et les États-Unis partagent certaines vues qui suscitent des craintes en Europe. C’est ce qu’avaient ← 99...

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