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Le pouvoir de l’absent

Les avatars de l’anticommunisme au Congo (1920–1961)

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Anne-Sophie Gijs

Cet ouvrage a reçu le prix du Centre des Archives communistes en Belgique, « Prix CARCOB 2015 »

Obscures mouvances religieuses, remuants syndicats, espions industriels, étrangers comploteurs ou étoiles nationalistes ascendantes… Entre 1920 et 1961, le visage du « péril rouge » au Congo fut protéiforme. Cet ouvrage entend mettre au clair, d’une part la réalité et le degré de dangerosité du communisme au Congo, et d’autre part les enjeux liés à son combat, à travers les variations qu’ils connurent, au gré de la conjoncture politique, économique et sociale interne à la Belgique et sa colonie, mais aussi de la configuration de « l’échiquier » international. Confrontant archives, travaux et témoignages inédits, notre analyse démontre que malgré son échec à s’implanter in fine au Congo, le communisme n’en a pas moins exercé un pouvoir mobilisateur surprenant par toutes les répercussions et les réalisations que sa peur a engendrées. On peut dès lors parler de « pouvoir de l’absent », et ce, dans une pléiade de domaines : sphères policières et militaires, rouages diplomatiques et économiques, enjeux politiques et identitaires. Recourant aux notions de « mythe » dans l’édification d’un Lumumba communiste ou de « bouc émissaire » comme régulateur de crise, notre étude se conclut plus largement sur les mécanismes humains à l’œuvre dans l’identification d’un ennemi déstabilisateur, puis dans son élimination, censée apporter un apaisement ou une accréditation symboliques.
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Septième Chapitre : Valse-hésitation autour d’un chef d’orchestre bien difficile à détrôner (5-14 septembre 1960)

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SEPTIÈME CHAPITRE

Valse-hésitation autour d’un chef d’orchestre bien difficile à détrôner (5-14 septembre 1960)

À cet instant, les Congolais ne sont pas les seuls à connaître d’importants changements dans leur Éxécutif national. En effet, début septembre, les remous de la crise congolaise provoquent aussi un remaniement significatif du gouvernement belge. Le résultat final est toutefois moins impressionnant que ce que certains projets, concoctés au mois d’août, avaient laissé présager. À ce sujet, il nous faut mettre en lumière le rôle d’un acteur sur lequel nous ne nous sommes pas encore beaucoup attardée : le Roi Baudouin lui-même. Durant l’été 1960, ses allocutions publiques1, certains courriers émanant de son cabinet2 ou son intervention auprès d’Hammarskjöld lors de sa visite à Bruxelles3 prouvent que le Roi voulait préserver le Katanga et éviter le retrait des troupes belges dans cette province. Elle constituait selon lui « la dernière carte » à sauver au Congo. La conviction de Baudouin était telle qu’elle l’amena, début août 1960, à envisager avec Paul Van Zeeland, ancien Premier ministre, président du conseil d’administration de la Banque belge d’Afrique et conseiller général de la Banque de Bruxelles, puis avec Paul-Henri Spaak, Secrétaire général de l’OTAN, la constitution d’un « cabinet d’affaires », afin de remplacer l’équipe de Gaston Eyskens. Un projet de déclaration ← 301 | 302 → gouvernementale avait même été élaboré, où la reconnaissance...

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