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Le pouvoir de l’absent

Les avatars de l’anticommunisme au Congo (1920–1961)

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Anne-Sophie Gijs

Cet ouvrage a reçu le prix du Centre des Archives communistes en Belgique, « Prix CARCOB 2015 »

Obscures mouvances religieuses, remuants syndicats, espions industriels, étrangers comploteurs ou étoiles nationalistes ascendantes… Entre 1920 et 1961, le visage du « péril rouge » au Congo fut protéiforme. Cet ouvrage entend mettre au clair, d’une part la réalité et le degré de dangerosité du communisme au Congo, et d’autre part les enjeux liés à son combat, à travers les variations qu’ils connurent, au gré de la conjoncture politique, économique et sociale interne à la Belgique et sa colonie, mais aussi de la configuration de « l’échiquier » international. Confrontant archives, travaux et témoignages inédits, notre analyse démontre que malgré son échec à s’implanter in fine au Congo, le communisme n’en a pas moins exercé un pouvoir mobilisateur surprenant par toutes les répercussions et les réalisations que sa peur a engendrées. On peut dès lors parler de « pouvoir de l’absent », et ce, dans une pléiade de domaines : sphères policières et militaires, rouages diplomatiques et économiques, enjeux politiques et identitaires. Recourant aux notions de « mythe » dans l’édification d’un Lumumba communiste ou de « bouc émissaire » comme régulateur de crise, notre étude se conclut plus largement sur les mécanismes humains à l’œuvre dans l’identification d’un ennemi déstabilisateur, puis dans son élimination, censée apporter un apaisement ou une accréditation symboliques.
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Dixième Chapitre : Malgré la fracture entre les alliés d’hier, une première victoire des antilumumbistes (10 octobre – 22 novembre 1960)

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DIXIÈME CHAPITRE

Malgré la fracture entre les alliés d’hier, une première victoire des antilumumbistes (10 octobre – 22 novembre 1960)

Après avoir exploré les intrigues sous-jacentes à l’œuvre pendant les mois de septembre et octobre 1960, interrogeons-nous sur les prises de positions officielles qui suivront l’opération commando du 10 octobre autour de la résidence de Lumumba. Nous verrons que cette véritable crise va provoquer une fracture tout à fait inédite entre l’ONU d’une part et les États-Unis et la Belgique d’autre part.

La question de l’arrestation de Lumumba alimente les divergences entre trois positions. En premier lieu, Dayal convainc Hammarskjöld qu’elle est illégale car, en sa qualité de parlementaire, Lumumba bénéficie de l’immunité1. Par contre, les Congolais modérés, soutenus par Wigny et Timberlake, estiment que le mandat d’arrêt est légal et se justifie par le délit d’usurpation du titre de Premier ministre, dont Lumumba continue de se targuer2. Quant au Département d’État américain, il a de sérieuses craintes sur l’opportunité politique de cette arrestation, qui risquerait de causer de graves remous dans le camp afro-asiatique3. ← 355 | 356 →

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