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Anna Akhmatova et la poésie européenne

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Edited By Tatiana Victoroff

À partir de la figure centrale d’Anna Akhmatova, emblématique de l’âge d’argent russe, à travers les complexes rapports d’opposition et de filiation que la poésie russe entretient avec l’Europe depuis le début du XIX e siècle, des chercheurs, des poètes, des traducteurs s’interrogent sur l’existence d’une « poésie européenne », unifiée par le regard de celle qui, de son pays à la frontière de deux continents, y est à la fois extérieure et en est très profondément l’héritière. Les notions comparatistes traditionnelles d’analogie, de parenté et d’influence se laissent préciser et affiner au regard d’une œuvre composée comme un immense chœur accordé selon de nouvelles lois et faisant de la parole poétique une source, voire la seule, de l’existence, dépassant peut-être ainsi toute notion de poésie nationale pour toucher à l’universel.
Les contributions de chercheurs comparatistes ou slavisants, français et russes, s’organisent selon plusieurs axes – Akhmatova en dialogue avec les poètes européens ; Akhmatova comme poète européen ; les questions de traduction et de transmission – mais l’ouvrage inclut également les témoignages de poètes et d’intellectuels au sujet de leur rencontre avec Akhmatova ou à travers la lecture de ses vers. Il propose également de nouvelles traductions d’Akhmatova en français. Enfin, des poèmes inédits d’auteurs européens contemporains qui ont composé sous l’inspiration akhmatovienne témoignent de l’écho européen d’une voix contre laquelle la censure s’est acharnée sans l’étouffer et qui reste un surgeon toujours fécond dans la lignée de la poésie la plus existentielle.
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« Ici où se promènent nos ombres / Sur la Néva, sur la Néva, sur la Néva… ». Ombres du fleuve, mélancolie de la ville, Enfer moderne, de Baudelaire et Eliot à Akhmatova

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« Ici où se promènent nos ombres / Sur la Néva, sur la Néva, sur la Néva… » 

Ombres du fleuve, mélancolie de la ville, Enfer moderne, de Baudelaire et Eliot à Akhmatova

Christophe IMBERT

Université de Toulouse

Pourquoi les poètes modernes nous parlent-ils des ombres ? Pourquoi rencontre-t-on ces ombres dans la ville, qui apparaît dès lors tout comme un lieu spectral, qui incarne un Enfer, dans leurs poèmes ? La ville : avec sa foule, son fleuve, l’alliance des perfections de l’architecture et du brouillard, sinon de la fumée, de la lueur du gaz… comme un théâtre allégorique1, ou comme, selon le mot de Baudelaire, « le douloureux et glorieux décor de la civilisation »2 …

Il y a sans doute une alliance ancienne entre l’architecture de la ville et la scénographie tragique (Serlio3 en a parlé) parce que l’architecture et ses rigueurs affirment la volonté de l’homme, la puissance des princes, l’orgueil de la politique, et donc aussi la douleur. La modernité n’a que décuplé cette violence du granit : celle des immeubles dressés, celle des quais qui tiennent le fleuve. La « Ville de Pierre », dans « Le Cavalier d’Airain », selon Pouchkine ; Londres, qui fait remarquer à Engels : « ces Londoniens ont dû sacrifier leur meilleure qualité d’homme pour ← 31 | 32 → accomplir les miracles de la civilisation dont la ville regorge »4 ; et le Paris d’Haussmann, qui a tué le...

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