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Anna Akhmatova et la poésie européenne

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Edited By Tatiana Victoroff

À partir de la figure centrale d’Anna Akhmatova, emblématique de l’âge d’argent russe, à travers les complexes rapports d’opposition et de filiation que la poésie russe entretient avec l’Europe depuis le début du XIX e siècle, des chercheurs, des poètes, des traducteurs s’interrogent sur l’existence d’une « poésie européenne », unifiée par le regard de celle qui, de son pays à la frontière de deux continents, y est à la fois extérieure et en est très profondément l’héritière. Les notions comparatistes traditionnelles d’analogie, de parenté et d’influence se laissent préciser et affiner au regard d’une œuvre composée comme un immense chœur accordé selon de nouvelles lois et faisant de la parole poétique une source, voire la seule, de l’existence, dépassant peut-être ainsi toute notion de poésie nationale pour toucher à l’universel.
Les contributions de chercheurs comparatistes ou slavisants, français et russes, s’organisent selon plusieurs axes – Akhmatova en dialogue avec les poètes européens ; Akhmatova comme poète européen ; les questions de traduction et de transmission – mais l’ouvrage inclut également les témoignages de poètes et d’intellectuels au sujet de leur rencontre avec Akhmatova ou à travers la lecture de ses vers. Il propose également de nouvelles traductions d’Akhmatova en français. Enfin, des poèmes inédits d’auteurs européens contemporains qui ont composé sous l’inspiration akhmatovienne témoignent de l’écho européen d’une voix contre laquelle la censure s’est acharnée sans l’étouffer et qui reste un surgeon toujours fécond dans la lignée de la poésie la plus existentielle.
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« Je serai la plus malheureuse » : Yeats et Akhmatova

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« Je serai la plus malheureuse » : Yeats et Akhmatova

Grigory KROUZHKOV

Université de Moscou

Métamorphose

Lorsque Jdanov dans son rapport, tristement mémorable, de 1946 a accusé Anna Akhmatova d’être tour à tour « nonne » et « pécheresse », il (ou son adjoint) n’a rien inventé de nouveau, mais n’a fait que répéter ce qu’avait écrit Boris Eichenbaum dès 1923, dans son livre sur Akhmatova :

Là commence à se former l’image de l’héroïne, paradoxale par son ambivalence (ou plus justement par son oxymorisme), tantôt « pécheresse » avec des élans passionnés, tantôt « nonne » miséreuse qui peut implorer le pardon de Dieu1.

Je préciserai que cette image est moins un paradoxe qu’un archétype. Le sujet de la pécheresse repentante remonte au moins à Marie-Madeleine ; l’Évangile le présente comme un des miracles du Christ, et pour ce qui est des miracles, on sait que, plus le contraste est important, plus le récit est convaincant.

Dans la littérature irlandaise ancienne, ce sujet est traité dans un remarquable monologue de la vieille du Berry qui s’est fait baptiser et a pris l’habit de nonne, mais se souvient avec fierté des nombreux héros qui l’ont aimée :

Má ro-feissed Mac Maire 

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