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Anna Akhmatova et la poésie européenne

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Edited By Tatiana Victoroff

À partir de la figure centrale d’Anna Akhmatova, emblématique de l’âge d’argent russe, à travers les complexes rapports d’opposition et de filiation que la poésie russe entretient avec l’Europe depuis le début du XIX e siècle, des chercheurs, des poètes, des traducteurs s’interrogent sur l’existence d’une « poésie européenne », unifiée par le regard de celle qui, de son pays à la frontière de deux continents, y est à la fois extérieure et en est très profondément l’héritière. Les notions comparatistes traditionnelles d’analogie, de parenté et d’influence se laissent préciser et affiner au regard d’une œuvre composée comme un immense chœur accordé selon de nouvelles lois et faisant de la parole poétique une source, voire la seule, de l’existence, dépassant peut-être ainsi toute notion de poésie nationale pour toucher à l’universel.
Les contributions de chercheurs comparatistes ou slavisants, français et russes, s’organisent selon plusieurs axes – Akhmatova en dialogue avec les poètes européens ; Akhmatova comme poète européen ; les questions de traduction et de transmission – mais l’ouvrage inclut également les témoignages de poètes et d’intellectuels au sujet de leur rencontre avec Akhmatova ou à travers la lecture de ses vers. Il propose également de nouvelles traductions d’Akhmatova en français. Enfin, des poèmes inédits d’auteurs européens contemporains qui ont composé sous l’inspiration akhmatovienne témoignent de l’écho européen d’une voix contre laquelle la censure s’est acharnée sans l’étouffer et qui reste un surgeon toujours fécond dans la lignée de la poésie la plus existentielle.
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« Mythe d’octobre » : remarques sur la mythopoétique dans la poésie lyrique d’Innokenti Annenski

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« Mythe d’octobre » : remarques sur la mythopoétique dans la poésie lyrique d’Innokenti Annenski

Hélène HENRY-SAFIER

Université de Paris IV Sorbonne

Toute la poésie d’Annenski est une gerbe de rayons lancés depuis l’Hellade

O. Mandelstam1

Le mythe crypté dans l’œuvre poétique

Plus que d’autres poètes symbolistes, russes ou européens, Innokenti Annenski (1855-1909) a exploré le mythe antique en érudit : helléniste reconnu, il est le traducteur d’Euripide en russe, son éditeur et commentateur avisé2, et l’auteur d’un cycle de cours sur l’histoire du drame antique3. Il laisse, par ailleurs, quatre pièces, « drames » et « tragédies » modernes sur des thèmes antiques4. Il est aussi le lecteur attentif de Leconte de Lisle, d’André Moréas et d’André Suarès, et l’analyste nuancé d’un « néohellénisme » à la française, dont il perçoit les insuffisances en même temps qu’il mesure les promesses (« Le mythe antique dans la nouvelle poésie française »)5.

Pourtant la critique, ignorant cette imprégnation culturelle et linguistique, a longtemps lu la poésie lyrique d’Annenski, en contraste avec son œuvre « officielle » d’érudit, comme le lieu de la mise en ← 177 | 178 → mots d’une expérience existentielle intime. Quelques catégories ont tenu lieu d’évidence explicative : « impressionnisme », « pessimisme », « esthétisme endeuillé », « constructivisme psychologique », etc. De plus, dans l’époque, la figure de Viatcheslav Ivanov, le « forgeur...

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