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Anna Akhmatova et la poésie européenne

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Edited By Tatiana Victoroff

À partir de la figure centrale d’Anna Akhmatova, emblématique de l’âge d’argent russe, à travers les complexes rapports d’opposition et de filiation que la poésie russe entretient avec l’Europe depuis le début du XIX e siècle, des chercheurs, des poètes, des traducteurs s’interrogent sur l’existence d’une « poésie européenne », unifiée par le regard de celle qui, de son pays à la frontière de deux continents, y est à la fois extérieure et en est très profondément l’héritière. Les notions comparatistes traditionnelles d’analogie, de parenté et d’influence se laissent préciser et affiner au regard d’une œuvre composée comme un immense chœur accordé selon de nouvelles lois et faisant de la parole poétique une source, voire la seule, de l’existence, dépassant peut-être ainsi toute notion de poésie nationale pour toucher à l’universel.
Les contributions de chercheurs comparatistes ou slavisants, français et russes, s’organisent selon plusieurs axes – Akhmatova en dialogue avec les poètes européens ; Akhmatova comme poète européen ; les questions de traduction et de transmission – mais l’ouvrage inclut également les témoignages de poètes et d’intellectuels au sujet de leur rencontre avec Akhmatova ou à travers la lecture de ses vers. Il propose également de nouvelles traductions d’Akhmatova en français. Enfin, des poèmes inédits d’auteurs européens contemporains qui ont composé sous l’inspiration akhmatovienne témoignent de l’écho européen d’une voix contre laquelle la censure s’est acharnée sans l’étouffer et qui reste un surgeon toujours fécond dans la lignée de la poésie la plus existentielle.
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Rendez-vous avec Paris

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Iouri ANNENKOV

Je suis revenu à Paris le 8 juin. Mais le 17, Anna Akhmatova arriva aussi à Paris, où elle passa 4 jours. C’est par hasard qu’elle se logea à l’hôtel Napoléon avenue de Fridland, près de la place de l’Étoile, qui était dirigé par Ivan Sergueievitch Makovski, fils de C. K. Makovski, poète et fondateur d’un grand journal littéraire et artistique, Apollon, où avaient été publiés les premiers poèmes d’Akhmatova. Je l’ai invitée à venir déjeuner chez moi le lendemain avec Anne Kaminskaïa et une étudiante américaine. Akhmatova accepta aussitôt et le samedi 19 juin demeura pour moi l’un des jours les plus inoubliables de ma vie.

Dans mon atelier de travail et aux murs de ma bibliothèque, mes portraits de Boris Pilniak, Isaac Babel, Serge Eisenstein, Vsevolod Poudovkine, Casimir Malevitch, Alexis Tolstoï, Nikita Baliev, Léonid Andreiev, Valéry Inkijinov1, et aussi un portrait à la gouache d’Akhmatova qu’elle ne connaissait que par des photos car je l’avais terminé déjà à Paris.

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