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Anna Akhmatova et la poésie européenne

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Edited By Tatiana Victoroff

À partir de la figure centrale d’Anna Akhmatova, emblématique de l’âge d’argent russe, à travers les complexes rapports d’opposition et de filiation que la poésie russe entretient avec l’Europe depuis le début du XIX e siècle, des chercheurs, des poètes, des traducteurs s’interrogent sur l’existence d’une « poésie européenne », unifiée par le regard de celle qui, de son pays à la frontière de deux continents, y est à la fois extérieure et en est très profondément l’héritière. Les notions comparatistes traditionnelles d’analogie, de parenté et d’influence se laissent préciser et affiner au regard d’une œuvre composée comme un immense chœur accordé selon de nouvelles lois et faisant de la parole poétique une source, voire la seule, de l’existence, dépassant peut-être ainsi toute notion de poésie nationale pour toucher à l’universel.
Les contributions de chercheurs comparatistes ou slavisants, français et russes, s’organisent selon plusieurs axes – Akhmatova en dialogue avec les poètes européens ; Akhmatova comme poète européen ; les questions de traduction et de transmission – mais l’ouvrage inclut également les témoignages de poètes et d’intellectuels au sujet de leur rencontre avec Akhmatova ou à travers la lecture de ses vers. Il propose également de nouvelles traductions d’Akhmatova en français. Enfin, des poèmes inédits d’auteurs européens contemporains qui ont composé sous l’inspiration akhmatovienne témoignent de l’écho européen d’une voix contre laquelle la censure s’est acharnée sans l’étouffer et qui reste un surgeon toujours fécond dans la lignée de la poésie la plus existentielle.
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Victor Franck

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1

Conversation avec Georges Adamovitch2

– V. F. Vous à Paris et moi à Londres, avons eu l’occasion de parler avec Anna Andreievna Akhmatova. Aujourd’hui j’aimerais conforter mes opinions sur ce grand poète russe. Que vous reste-t-il de cette rencontre avec A. A., aujourd’hui, en 1965 ?

– G. A. J’ai du mal à dire en quelques mots quelle impression elle m’a faite. D’abord j’ignorais si elle souhaitait me rencontrer car cela faisait 40 ans que j’avais quitté la Russie, je fus très content quand j’entendis sa voix au téléphone en provenance de Londres qui me disait qu’elle serait à Paris et qu’elle aimerait me voir. Physiquement, bien sûr, elle avait énormément changé. Elle était incroyablement belle dans sa jeunesse, maintenant elle était belle, imposante, mais vieillissante. Elle avait plus de 70 ans. Quand dans la conversation je glissai que « ce n’est pas sans raison que l’on vous comparaît à la Grande Catherine » elle sourit malicieusement et dit : « j’étais mieux que Catherine ».

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