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Voie de la plume, voie du sabre

Le corps-à-corps poétique chez Bauchau, Dotremont et Bonnefoy

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Matthieu Dubois

Cet ouvrage se propose d’évaluer l’imprégnation de l’Extrême-Orient dans la littérature française d’après-guerre par l’étude de l’esthétique poétique de trois écrivains emblématiques de leur génération : Henry Bauchau, Christian Dotremont et Yves Bonnefoy. On observera comment leurs œuvres relèvent d’un imaginaire sino-japonais syncrétique, qui leur permet d’interroger une certaine pratique de l’écriture afin de développer un usage performatif du langage.
En particulier, cet imaginaire permet de saisir différents aspects du rayonnement de l’Extrême-Orient relatifs à la place du corps dans la création. Il invite à considérer l’impact des arts martiaux orientaux – progressivement intégrés dans la culture européenne – à l’égard des représentations et des valeurs associées à l’Asie. L’enjeu de cette étude est alors de comprendre la spécificité de ces œuvres majeures de la production poétique française contemporaine, marquées par cette culture éloignée, en regard de la pensée de la création comme geste et comme présence, telle qu’un art martial les met en œuvre en son propre lieu.
L’analyse comparative et différentielle des trois œuvres fera apparaître, outre leur singularité, un horizon commun concernant une requalification des enjeux de l’écriture poétique pouvant ouvrir à un enrichissement de l’existence et, ainsi, à un mieux-être.
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Chapitre 1 - Dire l’intériorité

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CHAPITRE 1

Dire l’intériorité

Dans le paysage littéraire d’après-guerre, l’entreprise d’Henry Bauchau se caractérise par le fait de se nourrir de son vécu de façon à y puiser une force existentielle, à l’encontre de la distanciation entre le sujet lyrique et la figure de l’auteur qui marque cette génération d’écrivains1. En effet, son œuvre naît, de façon tardive, dans le contexte d’une cure psychanalytique ; en sorte qu’elle constitue, selon Blanche Reverchon Jouve, un « levier »2 pour surmonter certaines difficultés intérieures. Aussi y a-t-il un lien de continuité entre ce qui constitue dans la vie du poète un tournant décisif – Bauchau deviendra lui-même thérapeute – et l’engagement dans la création littéraire3. L’activité scripturaire participe à cet égard intimement à l’élaboration d’une « unité narrative de la vie », au sens où, selon Paul Ricœur :

C’est précisément en raison du caractère évasif de la vie réelle que nous avons besoin du secours de la fiction pour organiser cette dernière rétrospectivement dans l’après-coup, quitte à tenir pour révisable et provisoire toute figure de mise en intrigue empruntée à la fiction ou à l’histoire.4

En particulier, l’auteur belge fait des poèmes le lieu d’élection d’un travail de construction de sens à l’égard des forces qui agissent en lui, à son insu. La création poétique l’accompagne significativement tout au long de ses projets d’...

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