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Voie de la plume, voie du sabre

Le corps-à-corps poétique chez Bauchau, Dotremont et Bonnefoy

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Matthieu Dubois

Cet ouvrage se propose d’évaluer l’imprégnation de l’Extrême-Orient dans la littérature française d’après-guerre par l’étude de l’esthétique poétique de trois écrivains emblématiques de leur génération : Henry Bauchau, Christian Dotremont et Yves Bonnefoy. On observera comment leurs œuvres relèvent d’un imaginaire sino-japonais syncrétique, qui leur permet d’interroger une certaine pratique de l’écriture afin de développer un usage performatif du langage.
En particulier, cet imaginaire permet de saisir différents aspects du rayonnement de l’Extrême-Orient relatifs à la place du corps dans la création. Il invite à considérer l’impact des arts martiaux orientaux – progressivement intégrés dans la culture européenne – à l’égard des représentations et des valeurs associées à l’Asie. L’enjeu de cette étude est alors de comprendre la spécificité de ces œuvres majeures de la production poétique française contemporaine, marquées par cette culture éloignée, en regard de la pensée de la création comme geste et comme présence, telle qu’un art martial les met en œuvre en son propre lieu.
L’analyse comparative et différentielle des trois œuvres fera apparaître, outre leur singularité, un horizon commun concernant une requalification des enjeux de l’écriture poétique pouvant ouvrir à un enrichissement de l’existence et, ainsi, à un mieux-être.
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Chapitre 2 - Lieu et temps du sacré

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CHAPITRE 2

Lieu et temps du sacré

La difficulté de définir le rapport d’Yves Bonnefoy au sacré, en regard de ses propos parfois contradictoires, réside entre autres dans le fait que son œuvre poétique participe au mouvement de « dis-sacralisation » qu’analyse Jean-Jacques Wunenburger. Ce phénomène contemporain consiste en « une désacralisation et une resacralisation simultanée, par recomposition inédite de fragments du sacré antérieur »1 ; ce qui se traduit, sur le plan stylistique, par une ambiguïté touchant aux modalités fondamentales de l’expression du sacré. Selon les catégories développées par Jean-Claude Pinson, les poèmes oscillent entre un mode élégiaque – soulignant le « défaut des dieux » et « la frayeur qu’inspire à toute existence le néant qu’elle côtoie et auquel elle est promise » – et le mode de l’ode – au sens où ils visent « la célébration du fascinans, la louange du sacré »2. Cela correspond à un équilibre délicat, dès lors qu’au-delà de la méfiance envers la croyance religieuse, le poète se positionne à l’encontre du désenchantement qui caractérise la postmodernité3 – en particulier l’évacuation de la dimension merveilleuse du cosmos, que l’on peut lier à sa soumission aux lois physiques. À cet égard, Michèle Finck montre que le maintien des formes métriques traditionnelles chez le poète représente une limite posée au travail de « désécriture » et engage un enjeu d’ordre métaphysique :

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