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Que dire à l’Espagne ?

De l’isolement franquiste à la démocratie européiste, la France au défi, 1957–1979

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Pablo Martin-Pañeda

Pourquoi de Gaulle, mythe vivant, accepte-t-il l’invitation d’un Franco sénescent en 1970 ? Anecdote polémique ou fait révélateur ? A priori, la France, pays déclaré des droits de l’Homme et terre d’exil de milliers d’antifranquistes, ne négocie pas avec une dictature. Or, contre toute intuition, c’est la disparition de Franco et le chemin vers la démocratie qui compliquent la relation franco-espagnole.
Vu du Quai d’Orsay, ce qui se noue entre 1957 et 1979, c’est le retour, aiguillonné par la Guerre Froide, de l’Espagne dans une Europe démocratique à économie de marché. Ce retour n’est pas linéaire, sinon ponctué d’à-coups et de reculades. La question de fond consiste à étudier les obstacles et les avancées d’un voisinage pétri de défiances. L’Espagne est moins marginale qu’il n’y paraît, car la diplomatie française se remodèle pour se tailler une place dans un théâtre ibérique stimulé par les appétits de Bonn, Bruxelles, Londres, Rome et Washington.
Enfin, l’Espagne devient pour la France le laboratoire d’une diplomatie mémorielle, où chaque acteur réécrit à des fins contemporaines une Histoire plus ou moins lointaine, parfois fraternelle, souvent conflictuelle. Stratégie, industrie, commerce et mémoire s’enchevêtrent dans cet emboîtement d’échelles et d’enjeux où chaque parti mise sur des émissaires d’envergure. Contre toute attente, c’est Madrid, et non Paris, qui donne le rythme à ce renouveau du dialogue, du regard et des pratiques.
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Deuxième chapitre. 1975-1979 : l’espagne de retour

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DEUXIÈME CHAPITRE

1975-1979 : l’Espagne de retour

Paris assiste à la Transition avec une attention particulière de par la proximité géographique d’abord. Jouent aussi l’amitié entre Giscard d’Estaing et Juan Carlos, la présence en France d’antifranquistes liés au processus transitionnel, enfin l’héritage de la Révolution au nom duquel la Ve République s’érige en observateur avisé de la quête constitutionnelle espagnole. La diplomatie française évite le piège du complexe de supériorité. Derrière les encouragements les diplomates demeurent prudents, s’inquiètent de plusieurs inconnues : la stabilité interne du nouveau régime, le degré d’atlantisme des partis à venir, l’imminence d’une adhésion à la CEE. Les archives écrites n’affirment ni n’infirment la légende dorée d’un appui tangible de la France envers Madrid. Si Jean-François Deniau joua un rôle, ce fut en prise directe avec Valéry Giscard d’Estaing et Juan Carlos, sur le mode oral.

Être ambassadeur de France auprès du roi d’Espagne c’est bien sûr un grand honneur et beaucoup de plaisir, mais c’était aussi une mission. Après quarante ans d’absence de démocratie, il fallait, si possible, aider le roi et l’Espagne à découvrir la démocratie. Quand on me demande « Est-ce qu’il y a quelque chose dont vous êtes heureux dans votre vie ? » Professionnellement je dis, « ce que j’ai fait en Espagne »1.

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