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L’espace public européen en question / Questioning the European Public Sphere

Histoire et méthodologie / An historical and methodological approach

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Edited By Corinne Doria and Gérard Raulet

Au cours des soixante dernières années, l’Europe s’est construite comme espace politique, juridique et économique. Mais ce processus n’a pas été accompagné par la construction d’un espace public européen, en dépit de la volonté de ses pères fondateurs, qui voulaient créer en Europe un espace culturel commun, reconnu comme tel par ses citoyens. À l’heure actuelle où, à travers internet et les réseaux sociaux, l’espace public européen est en train de se reconfigurer, le moment est venu d’une réflexion globale – à la fois historique et méthodologique – sur cet espace. Quand un espace public européen est-il apparu pour la première fois dans l’histoire ? Quels ont été les institutions, les événements, les évolutions qui, à partir du Moyen Âge, ont permis de concevoir et de percevoir l’Europe comme un espace commun – un espace public ? Comment, et par qui, a été occupé l’espace public en Europe aux différents moments de l’histoire ? Dans quelle mesure les découvertes géographiques et la rencontre avec d’autres cultures ont-elles renforcé la perception de l’Europe en tant qu’espace commun et public ? Comment l’espace public européen va-t-il se configurer dans l’avenir ? Le présent ouvrage rassemble les contributions de spécialistes (historiens, philosophes, historiens du droit, sociologues) au Labex EHNE, Écrire une Histoire Nouvelle de l’Europe.
Over the last sixty years, Europe has been built as a political, legal and economic space. Nevertheless, this process has not been accompanied by the construction of a European public sphere, despite the will of its founders, who wanted to create a European cultural area, recognized as such by its citizens. Now that, through the internet and social networks, the European public space is in the process of reconfiguring, it is time for a comprehensive reflection – both historical and methodological – on this space. When did a European public space appear for the first time in history? What were the institutions, events, developments from the Middle Ages, helped design and perceive Europe as a common sphere – a public space? How, and by whom, was occupied public space in Europe at different times in history? How geographical discoveries and encounters with other cultures have they strengthened the perception of Europe as a common and public? How will the European public space be set in the future? This book gathers essays from specialists (historians, philosophers, legal historians, sociologists) at Labex EHNE, Écrire une Histoire Nouvelle de l’Europe.
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Joseph de Maistre ou de la force de l’espace public européen et de la fin de l’Europe

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Manuela CERETTA

Université de Turin

Dans une célèbre lettre, envoyée au comte de Marcellus en 1819, Joseph de Maistre, en un moment où il se sentait « accablé et, de plus, dégoûté de la vie », écrivait : « Je meurs avec l’Europe, je suis en bonne compagnie1. » Au-delà du sentiment d’amertume, qui reflète un état d’âme passager et, par ailleurs, peu habituel chez Maistre, cette affirmation notoire nous permet de mesurer un fait établi : aux yeux du père de la pensée contre-révolutionnaire, l’Europe est une réalité, peut-être en voie de disparition, mais une réalité tout de même. Pour le comte de Maistre, l’Europe n’est pas un projet à construire, elle est une communauté qui existe réellement, enracinée dans le passé et qui appartient au présent. Il suffit de feuilleter les dépêches diplomatiques rédigées en 1812, à l’époque de la campagne de Russie, pour en avoir une preuve supplémentaire : le sujet de sa Majesté Victor-Emmanuel regarde l’avancée des troupes françaises du point de vue du citoyen européen. Dans une longue lettre, expédiée à la veille d’un affrontement entre les troupes napoléoniennes et les soldats du tsar, Maistre faisait remarquer : « Malheur à l’Europe si nous perdons cette carte2 ! » et, quelques pages après, il ajoutait : « Le monde regarde, et il s’agit du monde. Il y a de quoi étouffer. Je souffre comme Européen...

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