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Censure et autorités publiques

De l’époque moderne à nos jours

Series:

François Cadilhon, Philippe Chassaigne and Éric Suire

L’histoire récente consacre le passage de la censure étatique directe à des formes intériorisées d’autocensure. Le sujet n’en reste pas moins d’actualité, y compris dans les démocraties occidentales où on assiste à des demandes émanant de groupes religieux pour faire interdire disques, journaux, livres, films jugés blessants ou blasphématoires. Les possibilités d’expression offertes par les nouveaux médias suscitent l’affolement des ligues de vertu et un strict verrouillage dans les pays où la liberté de parole reste interdite. L’optique de l’ouvrage déborde cependant du cadre contemporain. Le choix d’une chronologie longue l’inscrit dans une réflexion générale sur l’évolution des sensibilités au sein de « l’espace moral », en privilégiant la question des frontières changeantes, car historiquement construites, de ce qui a été perçu comme dicible ou indicible. Les 23 contributions réunies abordent les modèles de conception et les modalités d’application de la censure à travers ses objets (publications licencieuses, presse, œuvres d’art, lectures de l’histoire, opinions hétérodoxes), les moyens de son exercice, et ses enjeux politiques.
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La proscription du « jésuitisme » à Bordeaux au XVIIIͤ siècle

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← 160 | 161 → La proscription du « jésuitisme » à Bordeaux au XVIIIe siècle

Éric SUIRE

Université Bordeaux Montaigne

En octobre 1760, l’avocat Louis-Adrien Le Paige, meneur de l’agitation janséniste au sein du parlement de Paris, forgeait le terme « jésuitisme » pour désigner « les monstrueuses innovations » des jésuites en matière de théologie morale, et dénoncer leur « dangereuse politique »1. Son néologisme fut repris par le procureur général Ripert de Montclar, rapporteur devant le parlement de Provence des Constitutions de la Compagnie de Jésus en mai 17622. Inventer un mot, c’est caractériser un crime : la création polémique annonçait déjà la défaite des religieux.

Alors que le procès des jésuites s’ouvrait à Paris en avril 1761, Bordeaux semblait préservée de l’agitation de la capitale. L’arrêt provisoire du 6 août 1761, qui paralysa le recrutement de l’ordre dans le ressort de la cour parisienne3, n’eut pas d’incidence sur l’activité du noviciat bordelais. Quinze postulants s’y présentèrent au cours de l’année, dans la continuité des dix-neuf entrées de 1760 et des quatorze candidatures de 17594. Si l’ultime profession prononcée à Bordeaux le 15 août 1761, celle ← 161 | 162 → du père Jean-Baptiste Fieuzal, natif de Valence d’Agen, coïncide à peu près avec le premier arrêt parisien, le caractère discontinu des vœux portés dans le registre de la...

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