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Censure et autorités publiques

De l’époque moderne à nos jours

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François Cadilhon, Philippe Chassaigne and Éric Suire

L’histoire récente consacre le passage de la censure étatique directe à des formes intériorisées d’autocensure. Le sujet n’en reste pas moins d’actualité, y compris dans les démocraties occidentales où on assiste à des demandes émanant de groupes religieux pour faire interdire disques, journaux, livres, films jugés blessants ou blasphématoires. Les possibilités d’expression offertes par les nouveaux médias suscitent l’affolement des ligues de vertu et un strict verrouillage dans les pays où la liberté de parole reste interdite. L’optique de l’ouvrage déborde cependant du cadre contemporain. Le choix d’une chronologie longue l’inscrit dans une réflexion générale sur l’évolution des sensibilités au sein de « l’espace moral », en privilégiant la question des frontières changeantes, car historiquement construites, de ce qui a été perçu comme dicible ou indicible. Les 23 contributions réunies abordent les modèles de conception et les modalités d’application de la censure à travers ses objets (publications licencieuses, presse, œuvres d’art, lectures de l’histoire, opinions hétérodoxes), les moyens de son exercice, et ses enjeux politiques.
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Whitehouse vs. Lemon, 1976-1977, ou Le dernier procès pour blasphème en Grande-Bretagne

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Philippe CHASSAIGNE

Université Bordeaux Montaigne

En juillet 1977, la Cour centrale criminelle de Londres condamna Gay News Ltd, société éditrice du magazine homosexuel Gay News, à payer une amende de £ 1 000 pour avoir publié le poème « The Love That Dares To Speak Its Name », écrit par James Kirkup, et dont le contenu – la déclaration d’amour d’un centurion romain au Christ, ayant un ultime rapport sexuel avec son corps tout juste descendu de la croix – fut jugé tombant sous le coup de la législation punissant le blasphème. L’affaire eut un retentissement particulier, dans la mesure où la dernière condamnation pour un tel crime remontait à 1921 et où l’infraction était considérée comme lettre morte depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. De plus, elle semblait aller à contre-courant de l’évolution vers une société plus « permissive » engagée depuis la seconde moitié des Sixties. Toutefois, analysée dans son contexte, l’affaire ressort plus complexe : elle reflète les tensions contradictoires travaillant la société britannique des années 1970, qui ne saurait être réduite à son seul aspect libertaire et permissif : l’instigatrice de la plainte contre Gay News ne fut pas la puissance publique, mais une personne privée, Mary Whitehouse, fondatrice de l’Association nationale des lecteurs, téléspectateurs et auditeurs, qui incarnait une sorte de version britannique de ce que Nixon avait appelé outre-Atlantique la « majorité silencieuse », au moins en termes de moralité publique dans...

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