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Censure et autorités publiques

De l’époque moderne à nos jours

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François Cadilhon, Philippe Chassaigne and Éric Suire

L’histoire récente consacre le passage de la censure étatique directe à des formes intériorisées d’autocensure. Le sujet n’en reste pas moins d’actualité, y compris dans les démocraties occidentales où on assiste à des demandes émanant de groupes religieux pour faire interdire disques, journaux, livres, films jugés blessants ou blasphématoires. Les possibilités d’expression offertes par les nouveaux médias suscitent l’affolement des ligues de vertu et un strict verrouillage dans les pays où la liberté de parole reste interdite. L’optique de l’ouvrage déborde cependant du cadre contemporain. Le choix d’une chronologie longue l’inscrit dans une réflexion générale sur l’évolution des sensibilités au sein de « l’espace moral », en privilégiant la question des frontières changeantes, car historiquement construites, de ce qui a été perçu comme dicible ou indicible. Les 23 contributions réunies abordent les modèles de conception et les modalités d’application de la censure à travers ses objets (publications licencieuses, presse, œuvres d’art, lectures de l’histoire, opinions hétérodoxes), les moyens de son exercice, et ses enjeux politiques.
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La censure de la presse pendant la crise du Seize-Mai 1877

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Thierry TRUEL

Université Bordeaux Montaigne

Le contrôle de la presse et la censure de toute production écrite des républicains est l’un des griefs retenus par la commission d’enquête constituée en novembre 1877, qui a cherché à faire toute la lumière sur l’entreprise du Seize-Mai et à établir la culpabilité des élus conservateurs ainsi que celle du cabinet Broglie-Fourtou. La nomination de ce dernier place Beauvau en mai 1877 fut un signal fort donné à toute la classe politique que le gouvernement n’entendait pas se laisser influencer par les manœuvres de ses opposants désireux, après la dissolution prononcée par le président Mac-Mahon de la Chambre des députés, d’organiser la campagne et de reconquérir les mandats parlementaires qu’ils avaient obtenus un an plus tôt.

La réputation d’homme à poigne que le ministre Fourtou a acquise du temps de l’Ordre moral est l’une des raisons qui font de lui le principal organisateur de la censure gouvernementale. Alors qu’il est en charge du ministère de l’Instruction publique, des cultes et des Beaux-Arts en novembre 1873, il fait preuve d’autorité et de fermeté dans le processus de décision, qui séduisent les partisans d’un pouvoir exécutif fort, rappelant des pratiques du régime impérial déchu. En effet, Fourtou présente le 1er février 1874 une demande de crédit d’un montant de 12 000 francs pour l’emploi de personnel plus...

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