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Penser les frontières européennes au XXIe siècle

Réflexion croisée des sciences sociales

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Edited By Bertrand Vayssière

La frontière n’est jamais innocente et elle n’est jamais (ou quasiment jamais) « naturelle ». C’est un artifice qui a d’abord servi à affermir une souveraineté, et donc un État, le plus souvent contre les autres : en ce sens, l’Europe est le plus couturé de tous les continents, suite à toute une histoire de négociations et surtout de guerres, à tel point que l’on peut évoquer une véritable fragmentation de notre espace, traversé aujourd’hui par environ 14 000 km de frontières. Comment ignorer cette réalité aujourd’hui que l’on « fait » l’Europe ?
La question n’était pas taboue tant qu’on ne parlait que de désarmement douanier, dont le but ultime était la création d’un Marché unique, mais maintenant que ces frontières sont censées ne plus exister entre les États de l’UE au profit d’une seule et même frontière commune qui doit nous définir par rapport au monde extérieur (et, suivant certains, nous protéger contre lui), quel constat s’impose, et surtout quelles propositions apporter ?
Des spécialistes des principales sciences sociales (droit, histoire, géographie, sociologie) tentent ici une réponse, en s’appuyant sur des cas d’étude particuliers, présents ou passés, et en s’aidant de leurs méthodes propres d’investigation.
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Le franchissement irrégulier des frontières ou les chemins buissonniers d’une européinisation : Les migrations clandestines portugaises vers la France, 1957-1974

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Le franchissement irrégulier des frontières ou les chemins buissonniers d’une européinisation Les migrations clandestines portugaises vers la France, 1957-1974

Victor Pereira

Maître de conférences à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour

Le traité de Rome de 1957, qui fonde la Communauté économique européenne, place au cœur du projet européen, la liberté de circulation des facteurs de production. Au même titre que les marchandises et les capitaux, les travailleurs doivent pouvoir se mouvoir librement dans l’espace européen. Ce principe est appliqué à partir de 1968 : dorénavant, les citoyens des États membres peuvent s’établir dans un autre État et bénéficier d’une égalité de traitement. Néanmoins, ce principe, influencé à la fois par le libéralisme économique et politique, est confronté, par la suite, à de multiples restrictions. D’une part, des périodes transitoires vont être appliquées aux citoyens des pays rejoignant l’Europe au cours des élargissements au Sud dans les années 1980 et à l’Est dans les années 2000. Certains pays d’Europe occidentale, confrontés au chômage de masse depuis les années 1970, craignent l’arrivée de travailleurs des pays les plus pauvres. D’un autre côté, les États européens ne cessent de renforcer la surveillance de leurs frontières et ferment leurs portes à l’immigration extra-européenne. Les États de l’Union européenne ont bâti une « forteresse ». Les frontières sont blindées1 et...

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