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Penser les frontières européennes au XXIe siècle

Réflexion croisée des sciences sociales

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Bertrand Vayssière

La frontière n’est jamais innocente et elle n’est jamais (ou quasiment jamais) « naturelle ». C’est un artifice qui a d’abord servi à affermir une souveraineté, et donc un État, le plus souvent contre les autres : en ce sens, l’Europe est le plus couturé de tous les continents, suite à toute une histoire de négociations et surtout de guerres, à tel point que l’on peut évoquer une véritable fragmentation de notre espace, traversé aujourd’hui par environ 14 000 km de frontières. Comment ignorer cette réalité aujourd’hui que l’on « fait » l’Europe ?
La question n’était pas taboue tant qu’on ne parlait que de désarmement douanier, dont le but ultime était la création d’un Marché unique, mais maintenant que ces frontières sont censées ne plus exister entre les États de l’UE au profit d’une seule et même frontière commune qui doit nous définir par rapport au monde extérieur (et, suivant certains, nous protéger contre lui), quel constat s’impose, et surtout quelles propositions apporter ?
Des spécialistes des principales sciences sociales (droit, histoire, géographie, sociologie) tentent ici une réponse, en s’appuyant sur des cas d’étude particuliers, présents ou passés, et en s’aidant de leurs méthodes propres d’investigation.
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Le gouvernement du golfe de Gascogne à l’épreuve de la marée noire du Prestige

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Julien Weisbein

Sciences-Po Toulouse, LaSSP

En science politique, les frontières sont analysées, indifféremment de toutes considérations géophysiques, comme des espaces objectivés par des dispositifs d’action publique, la plupart du temps en relation avec l’édification de centres politiques. Ce processus d’institutionnalisation de territoires spécifiques, dotés d’une juridicité et d’équipements sociotechniques divers (cartes, douanes, gardes-frontières, surveillances aériennes, etc.), s’est d’abord réalisé dans une optique de linéarité et de séparation à la suite d’un travail de délimitation opéré depuis le XVIe siècle par les États nation au fur et à mesure que ceux-ci se sont institutionnalisés, transformant bien souvent des accidents géologiques en frontières « naturelles » puis en frontières administratives ; puis, après la Seconde Guerre mondiale et par l’investissement croissant de ces espaces par les collectivités infranationales et les institutions européennes, il s’est désormais agi de gérer les échanges transfrontaliers d’hommes et de biens et, plus généralement, d’accompagner les flux nouveaux ouverts par la globalisation et l’intégration des économies. La création d’ensembles régionaux comme l’Union européenne a dès lors repoussé encore plus aux marges la question des frontières en tant qu’éléments clôturant la souveraineté politique et les régimes de la vie publique. Ainsi, avec la définition du programme INTERREG ou la création de nombreuses eurorégions, le contexte communautaire...

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