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Le cinéma de Marguerite Duras : l'autre scène du littéraire ?

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Caroline Proulx and Sylvano Santini

Si l’œuvre littéraire de Marguerite Duras jouit d’une renommée incontestable, ses réalisations cinématographiques, elles, représentent une part beaucoup moins commentée de sa création, part qui procède pourtant du même imaginaire de l’écrivaine qui est ici interrogé. Les articles réunis dans ce collectif partent donc tous de l’hypothèse que son cinéma réputé difficile, exigeant, abscons, dérangeant, révèle certains de ses secrets si l’on comprend qu’il agit comme autre scène du littéraire, entendue à la fois comme complément et négatif du texte. Permettant d’explorer un champ n’appartenant ni à la littérature, ni tout à fait au cinéma, il n’est plus question d’affirmer simplement la suprématie du texte sur l’image, de l’écriture sur le film, mais bien de voir comment c’est le principe même de la représentation qui fait l’objet de la démarche esthétique de Duras.
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India Song : œuvre d’art totale ?

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Nathalie SEGERAL

University of Hawai’i at Mānoa

Le film India Song1, sorti en salles en 1975, est l’adaptation de la pièce2 éponyme de Marguerite Duras, réalisée par elle-même. La pièce, écrite en 1971, fut d’abord enregistrée pour l’Atelier de création radiophonique de France Culture, puis publiée par Gallimard en 1973 sous le titre : India Song, texte, théâtre, film. Ce titre est déjà révélateur de la prétention à une œuvre d’art qui englobe tous les genres, une « Gesamtkunstswerk3 », qui anime Duras. En effet, India Song a la particularité de ne pouvoir prendre tout son sens et de ne pouvoir être apprécié pleinement qu’à la lumière de l’œuvre durassienne tout entière, dans la mesure où il met en scène des personnages et thèmes récurrents circulant de texte en texte. Par ailleurs, India Song se compose, de façon singulière, de deux films : celui de l’image et celui de la bande son, superposés et juxtaposés sans toutefois que la bande son ne vienne renforcer l’intrigue, contestant ainsi le primat traditionnellement accordé à l’image par le cinéma.

On doit au compositeur allemand Richard Wagner le néologisme « Gesamtkunstswerk » pour désigner un opéra qui englobe à la fois la musique, le théâtre et les arts visuels4. Initialement, Wagner reprochait à l’opéra allemand d’accorder trop d’importance à la musique ; dans cette perspective, son but...

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