Show Less
Restricted access

Se coordonner dans un périmètre irrigué public au Maroc

Contradictio in terminis ?

Series:

Zhour Bouzidi

Se coordonner dans un grand périmètre irrigué public, conçu dans l’idée même d’une coordination hiérarchique par l’État, renvoie-t-il à une contradictio in terminis ? Une question lancinante dans les débats en cours sur les périmètres irrigués de la grande hydraulique qui, en s’accordant sur les limites des modèles institutionnels et réformes successifs, restent toujours en quête d’approches pertinentes pour une bonne gestion de ces périmètres.
La réponse à cette question est a priori affirmative dans le périmètre irrigué du Gharb au Maroc, un périmètre longtemps façonné par un État s’ingérant dans les détails les plus infimes de la vie rurale. Le passage de l’eau du ciel à l’eau de l’État n’a pas marqué seulement les pratiques et le paysage agricole dans ce périmètre mais aussi les discours et les représentations collectives des agriculteurs et des agents de l’administration agricole. Alors : si on cherchait à repenser autrement cette question dans un contexte de redéploiement de l’État et d’émergence de nouvelles dynamiques ?
Tel est l’objectif de ce livre qui se propose d’appréhender la coordination de la gestion des périmètres irrigués de façon différente et originale. Différente, dans son ambition d’inverser le regard porté sur ces périmètres publics en analysant la coordination « par le bas ». Originale, dans son approche qui vise à décrypter la coordination in situ, son sens pratique, ses logiques implicites et explicites, autrement dit les grammaires d’action, en s’imprégnant des dédales des vécus locaux et des rouages de l’anodin et de l’irrégulier. Le livre s’attache à dénouer les fils de la coordination dans trois villages, fils que tissent les communautés locales dans leurs attachements divers avec la production d’agrumes, l’utilisation de l’eau pour l’irrigation et l’accès à la terre.
Show Summary Details
Restricted access

Chapitre II - La coordination dans les périmètres irrigués : question ancienne et débat renouvelé

Extract

← 72 | 73 →

CHAPITRE II

La coordination dans les périmètres irrigués : question ancienne et débat renouvelé

« L’eau est un lien entre les pouvoirs et les sociétés, qui permet de passer des alliances, de donner des statuts, de reconnaître des droits en échange de soumissions aux pouvoirs en place ou émergeants » (Ruf, 2001).

La coordination pour l’accès et la gestion des ressources productives a constitué un objet central pour de nombreuses recherches centrées sur les périmètres irrigués au Maroc. Pendant le Protectorat, surtout au cours de « l’apogée Lyautéenne » (chapitre I), la connaissance sociologique et anthropologique du Maroc fut un instrument fort entre les mains de l’Administration dans le but d’accomplir la conquête et la pacification du pays (Khatibi, 2002 ; Rachik, 2012). La plupart de ces études renseignaient sur l’organisation tribale et fournissaient les clés de l’accès aux principales ressources productives du pays. Cette connaissance « utilitaire du Maroc faisait de la sociologie une véritable institution politique et une administration sociale au service de la résidence » (Khatibi, 2002). De nombreux sociologues et historiens (comme Michaux Bellaire, Charles Le Cœur, Robert Montagne) soutinrent l’idée de l’élaboration et la préservation d’une « doctrine coloniale plus souple et plus humaine, qui tînt compte des réalités nouvelles » (ibid.).

You are not authenticated to view the full text of this chapter or article.

This site requires a subscription or purchase to access the full text of books or journals.

Do you have any questions? Contact us.

Or login to access all content.