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Se coordonner dans un périmètre irrigué public au Maroc

Contradictio in terminis ?

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Zhour Bouzidi

Se coordonner dans un grand périmètre irrigué public, conçu dans l’idée même d’une coordination hiérarchique par l’État, renvoie-t-il à une contradictio in terminis ? Une question lancinante dans les débats en cours sur les périmètres irrigués de la grande hydraulique qui, en s’accordant sur les limites des modèles institutionnels et réformes successifs, restent toujours en quête d’approches pertinentes pour une bonne gestion de ces périmètres.
La réponse à cette question est a priori affirmative dans le périmètre irrigué du Gharb au Maroc, un périmètre longtemps façonné par un État s’ingérant dans les détails les plus infimes de la vie rurale. Le passage de l’eau du ciel à l’eau de l’État n’a pas marqué seulement les pratiques et le paysage agricole dans ce périmètre mais aussi les discours et les représentations collectives des agriculteurs et des agents de l’administration agricole. Alors : si on cherchait à repenser autrement cette question dans un contexte de redéploiement de l’État et d’émergence de nouvelles dynamiques ?
Tel est l’objectif de ce livre qui se propose d’appréhender la coordination de la gestion des périmètres irrigués de façon différente et originale. Différente, dans son ambition d’inverser le regard porté sur ces périmètres publics en analysant la coordination « par le bas ». Originale, dans son approche qui vise à décrypter la coordination in situ, son sens pratique, ses logiques implicites et explicites, autrement dit les grammaires d’action, en s’imprégnant des dédales des vécus locaux et des rouages de l’anodin et de l’irrégulier. Le livre s’attache à dénouer les fils de la coordination dans trois villages, fils que tissent les communautés locales dans leurs attachements divers avec la production d’agrumes, l’utilisation de l’eau pour l’irrigation et l’accès à la terre.
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Chapitre VIII - Dire son faire, faire sans dire : des pratiques de coordination sous l’emprise des mots

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CHAPITRE VIII

Dire son faire, faire sans dire : des pratiques de coordination sous l’emprise des mots

« Les gens usent les mots pour dire non les choses, mais leur relation aux choses » Darré (1978)

Ce chapitre se propose d’analyser l’articulation entre le discours et les pratiques relatifs à la coordination autour des ressources productives. Le constat, à l’origine de cette question, était celui de la récurrence d’un discours selon lequel dans le Gharb, les agriculteurs sont peu capables de se coordonner entre eux à une échelle locale et encore moins avec les autres acteurs à l’échelle du périmètre. Ce discours est partagé à la fois par les agents de l’administration, chargés de la gestion du périmètre (techniciens)1 et par les agriculteurs eux-mêmes dans leur discours réflexif sur leurs propres actes.

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