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Se coordonner dans un périmètre irrigué public au Maroc

Contradictio in terminis ?

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Zhour Bouzidi

Se coordonner dans un grand périmètre irrigué public, conçu dans l’idée même d’une coordination hiérarchique par l’État, renvoie-t-il à une contradictio in terminis ? Une question lancinante dans les débats en cours sur les périmètres irrigués de la grande hydraulique qui, en s’accordant sur les limites des modèles institutionnels et réformes successifs, restent toujours en quête d’approches pertinentes pour une bonne gestion de ces périmètres.
La réponse à cette question est a priori affirmative dans le périmètre irrigué du Gharb au Maroc, un périmètre longtemps façonné par un État s’ingérant dans les détails les plus infimes de la vie rurale. Le passage de l’eau du ciel à l’eau de l’État n’a pas marqué seulement les pratiques et le paysage agricole dans ce périmètre mais aussi les discours et les représentations collectives des agriculteurs et des agents de l’administration agricole. Alors : si on cherchait à repenser autrement cette question dans un contexte de redéploiement de l’État et d’émergence de nouvelles dynamiques ?
Tel est l’objectif de ce livre qui se propose d’appréhender la coordination de la gestion des périmètres irrigués de façon différente et originale. Différente, dans son ambition d’inverser le regard porté sur ces périmètres publics en analysant la coordination « par le bas ». Originale, dans son approche qui vise à décrypter la coordination in situ, son sens pratique, ses logiques implicites et explicites, autrement dit les grammaires d’action, en s’imprégnant des dédales des vécus locaux et des rouages de l’anodin et de l’irrégulier. Le livre s’attache à dénouer les fils de la coordination dans trois villages, fils que tissent les communautés locales dans leurs attachements divers avec la production d’agrumes, l’utilisation de l’eau pour l’irrigation et l’accès à la terre.
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Conclusion générale

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Cette recherche traite les pratiques de coordination pour la gestion des ressources productives dans le périmètre du Gharb au Maroc. La question centrale initialement posée était : dans quelle mesure l’analyse des pratiques de coordination autour des ressources productives, initiées par les agriculteurs, permet de dévoiler des capacités collectives de gestion et, par là même, de caractériser des processus, nouveaux ou latents, d’autonomisation et/ou de négociation de la dépendance dans les périmètres de la grande hydraulique ?

Cette question a soulevé deux types de difficultés : la première concerne la quasi-absence de connaissances sur les modalités concrètes de la coordination dans un contexte où les modèles de gestion importés ont montré des limites avérées ; la seconde relève de la récurrence d’un discours ambiant selon lequel au Gharb, les agriculteurs sont peu capables de se coordonner entre eux à une échelle locale et encore moins avec les autres acteurs à l’échelle du périmètre. S’aventurer dans une recherche autour de la question susmentionnée nous a donc mise face à un double défi : d’abord montrer que la coordination existe (ou non d’ailleurs), ensuite la qualifier et analyser ses enjeux (rôles, articulation avec l’action publique).

Motivée par la volonté de dénouer les fils de la coordination dans ce contexte, nous avons tenté de revisiter le terrain de recherche avec de nouveaux outils méthodologiques...

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